Tour de France : la chute au bout du guidon

07 Juillet 2021

Depuis le début du Tour de France, les chutes et les abandons se sont multipliés. « Je suis content d’arriver en un seul morceau », a estimé le coureur Julian Alaphilippe à l’arrivée d’une étape bretonne chaotique.

« Si on ne change rien, un jour il y aura des morts », a dénoncé Marc Madiot, ancien coureur et manager d’une équipe. Les coureurs ont menacé de faire grève pour de meilleures conditions de sécurité pour éviter les chutes. Mardi 29 juin, dans une action symbolique, ils ont mis pied à terre.

Des morts pendant les courses, il y en a de temps en temps, comme lors du Tour de Pologne 2019, où un coureur de 22 ans, Bjorg Lambrecht, s’est tué. Quant aux blessures, elles sont fréquentes. Pour ne citer que des coureurs connus, le Britannique Chris Froome, 36 ans, qui a emporté quatre fois le Tour de France, se traîne aujourd’hui à la fin du classement général : il ne s’est jamais remis d’une très grave chute dans une course en 2019. Thibaut Pinot, victime d’une chute lors de la première étape du Tour 2020 qui lui a causé une blessure au dos, souffre le martyre et n’a pas repris la course, alors qu’il n’a que 31 ans.

Les raisons de la multiplication des chutes, collectives notamment, impliquant parfois plusieurs dizaines de coureurs, sont variées. Les coureurs dénoncent les parcours, souvent conçus pour arriver en centre-ville, avec de nombreux ronds-points, des virages et des routes étroites, peu adaptés à une course en peloton à parfois 80 km/heure. Le nombre de coureurs est aussi invoqué, alors que l’organisateur, ASO, appartenant à la famille Amaury, toujours âpre au gain, a pris une équipe en plus, portant le nombre de coureurs à 184. Autre cause, souvent citée : les oreillettes. Tous les coureurs sont ainsi reliés à leur directeur sportif, dont ils sont tenus d’écouter les consignes, parfois plus qu’ils ne suivent les règles de prudence.

Mais, au-delà des causes techniques, c’est souvent tout simplement la recherche de la performance qui est à l’origine des chutes. Pour gagner quelques secondes, les coureurs roulent groupés par équipe, chaque coureur à quelques dizaines de centimètres seulement du précédent. Dans une telle proximité, toute chute est collective. Les sprints ne sont pas dépourvus de coups de coude et autres gestes dangereux.

Autrement dit, les chutes sont d’abord causées par la logique même de la compétition, à l’instar du dopage, qui veut que des coureurs trichent et mettent en danger leur propre santé pour l’emporter. Pour la victoire et la gloire, de jeunes sportifs sont prêts à risquer leur santé, voire leur vie. Quant aux organisateurs comme ASO, les sponsors et les entreprises qui financent le Tour, ils attendent le retour sur investissement que leur procureront les sacrifices des forçats de la route. Sans même donner un coup de pédale et, bien sûr, sans risque de chute.

Michel BONDELET