Liban : une plongée dans la misère

07 Juillet 2021

Les dernières semaines ont vu une accélération de la crise au Liban. La monnaie, la livre, a poursuivi sa dégringolade face au dollar, avec comme conséquence une chute du pouvoir d’achat d’une grande partie de la population. La Banque du Liban (BDL) est au bord de la faillite.

La livre libanaise est passée en deux semaines de 12 000 LL pour un dollar à 17 000 LL. Sa valeur a été divisée par plus de dix depuis le début de la crise, avant laquelle le taux de change s’était stabilisé pendant deux décennies autour de 1 500 LL pour un dollar.

La grande majorité des travailleurs, payés en livres libanaises, sont désormais sous le seuil de pauvreté. Les produits importés sont, depuis plusieurs mois, à des prix inaccessibles. La vente de viande a chuté de 90 %. Même les produits essentiels comme le pain et l’essence, subventionnés par la Banque du Liban, depuis le début de la crise, ont vu leur prix doubler entre avril 2020 et avril 2021.

Cela est dû à l’absence de contrôle sur les grossistes et les commerçants, qui détournent les marchandises et font grimper les prix, ciblant la rare clientèle dont les revenus sont en dollars, et donc capable de payer. Les supermarchés ne prennent parfois plus la peine d’afficher les prix en rayon. La population travailleuse, pour qui le salaire minimum équivaut désormais à 40 dollars, doit réduire son alimentation au strict minimum.

Devant l’épuisement de ses réserves, la BDL a commencé à réduire les subventions qu’elle maintenait jusque-là sur les produits essentiels. Cette annonce a eu pour effet d’aggraver la pénurie, les spéculateurs retenant les marchandises subventionnées dans l’espoir de pouvoir les vendre ensuite plus cher. C’est notamment le cas pour l’essence. Il faut faire la queue pendant plus de deux heures pour espérer avoir 20 litres au prix de 70 000 LL, soit un dixième du salaire minimum. Il s’ensuit déjà une augmentation des tarifs des transports en commun ainsi que de ceux de l’électricité, en majorité fournie par des entreprises privées.

La pénurie touche aussi les médicaments, pourtant subventionnés. Des centaines de produits essentiels, pour le diabète, les maladies cardiaques ou la tension artérielle, mais aussi pour certains cancers ou la sclérose en plaques, sont très difficiles à trouver. Le lait infantile est devenu une denrée rare.

Devant cette situation, ceux qui ont la possibilité de partir cherchent à trouver du travail payé en dollars dans les pays du Golfe, pour pouvoir envoyer de l’argent à leur famille au Liban. C’est le cas par exemple de milliers d’enseignants qui auraient démissionné de leurs postes en fin d’année scolaire.

Pour les partis politiques traditionnels, la crise économique est une opportunité de se montrer à nouveau indispensables vis-à-vis de leur base politico-confessionnelle. Ébranlés par le mouvement de contestation de 2019, beaucoup de leurs dirigeants en profitent pour renforcer leur emprise en s’appuyant en particulier sur la distribution de colis alimentaires, le paiement de factures, voire la fourniture de carburant.

La situation provoque une nouvelle vague de protestations. En plus des coupures de routes, des manifestants ont tenté de prendre d’assaut des bâtiments publics, des agences filiales de la BDL et d’autres banques privées. Des grèves ont touché ces dernières semaines la fonction publique, les hôpitaux publics, ainsi que les travailleurs journaliers.

Tout un peuple est en train de plonger dans la misère, s’indigne et cherche une issue. Le cas du Liban n’est qu’un exemple de la situation dramatique dans laquelle la crise mondiale enfonce des populations entières. Il témoigne aussi de l’irresponsabilité totale de classes dirigeantes cupides, dont le seul souci est de sauvegarder leurs capitaux et leur pouvoir sur la société. C’est bien ce pouvoir qu’il faut leur arracher.

Marwan Karim