Féminicides : inaction criminelle de l’État

07 Juillet 2021

Sandra Pia a été tuée à 31 ans par son ex-conjoint le 2 juillet à Bordeaux. Elle est la 58e victime d’un féminicide depuis début 2021, rien qu’en France.

Peu avant elle, Stéphanie, 22 ans, avait succombé à Hayange sous les coups de couteau d’un ex-compagnon. La main-courante puis la plainte, déposée il y a six mois, étaient encore « en attente de traitement ». Auparavant, il y avait eu Chahinez, brûlée vive à Mérignac, et beaucoup d’autres encore.

Le Planning familial de Bordeaux proteste contre les moyens sous-dimensionnés attribués à la protection des femmes en danger face aux violences conjugales. Les téléphones grave danger, permettant d’appuyer sur une touche d’urgence 24/24 n’équipent, selon l’association, qu’une centaine de femmes en France, alors qu’environ 220 000 sont chaque année victimes de violences. Lors du Grenelle consacré en novembre 2019 à cette question, urgente s’il en est, figurait parmi les promesses l’octroi de 3 000 de ces téléphones grave danger.

En Gironde, une autre association s’indigne de n’avoir vu arriver à la suite du Grenelle, à répartir dans tout le département, que six places d’urgence et trente allocations logement temporaire. Or, pour l’année 2020, elle avait été contactée par plus de 2 500 femmes en danger !

Ces cas récents, lourds de plaintes classées sans suite, de placements sous contrôle judiciaire non respectés, d’obligations de soins ou de suivis thérapeutiques inefficaces en disent long : lenteur et pesanteur restent la règle dans une société pour laquelle la violence conjugale n’est pas la priorité des priorités. Des femmes continuent, au 21e siècle, à perdre la vie à cause du sentiment de propriété que certains croient pouvoir s’arroger sur elles. La barbarie d’une société où se forge et perdure ce sentiment ancestral est crûment révélée.

Viviane LAFONT