Retraites : il faut prendre sur les profits

30 Juin 2021

Au lendemain de sa débâcle aux élections régionales et départementales, le gouvernement s’est déclaré favorable à un recul de l’âge légal de départ en retraite de 62 à 64 ans.

Cette précipitation est d’abord politicienne : Macron dispute à la droite un même électorat antiouvrier. Le gouvernement a bien tenté de faire passer son projet de retraite par points, mais il a été confronté à un mouvement de grève de deux mois à l’hiver 2020. Et, bien qu’il ait fait voter sa réforme au Parlement, son projet a depuis été gelé.

Chirac, Sarkozy et Hollande ont tous pu brandir comme trophée vis-à-vis de la bourgeoisie une réforme qui faisait reculer les droits à la retraite, tantôt sur l’âge de départ, tantôt sur la durée de cotisation exigée. Alors, afin de couper l’herbe sous les pieds de ses concurrents de LR, Macron tient à faire savoir qu’il est déterminé à remettre le couvert, sans pour autant avoir fixé de délai.

Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, a préconisé d’imposer une nouvelle réforme au plus vite, c’est-à-dire dans le cadre du prochain budget à l’automne prochain. Castex, lui, s’est montré plus prudent en indiquant : « il faut la faire, mais il faut choisir le bon moment. »

Le projet présenté par le journal Les Échos prévoit, non plus la retraite par points, mais un recul de l’âge de la retraite de six mois supplémentaires par an d’ici 2024. Ainsi, les travailleurs nés en 1961 devraient travailler six mois de plus et ceux nés en 1964 deux ans de plus pour ne partir en retraite qu’à 64 ans.

L’argument de Bruno Le Maire, « C’est l’intérêt des Français et l’intérêt de la France que tout le monde, globalement, que notre pays, travaille davantage », est inepte. Aujourd’hui, seulement la moitié des travailleurs de 55 à 64 ans ont un emploi. Reculer l’âge de départ de ceux-là signifierait les user encore davantage, alors que leurs enfants ou leurs petits-enfants sont souvent condamnés au chômage. Pour les autres, sans emploi, un recul de l’âge de la retraite les maintiendrait au chômage deux ans de plus et diminuerait encore leur niveau de pension.

Il faut au contraire prendre sur les profits et les fortunes de la grande bourgeoisie pour garantir un âge de départ et une pension de retraite décents pour chacun. Si le capitalisme est incapable d’assurer les vieux jours des travailleurs, c’est lui qui doit être mis à la retraite d’office pour cause de sénilité.

Dans l’immédiat, si le gouvernement choisit de mettre ses menaces à exécution à la rentrée prochaine, le monde du travail devra réagir avec la plus grande détermination.

Christian BERNAC