Renault : De Meo et le sens de l’Histoire

30 Juin 2021

Le 29 juin, des travailleurs jetés à la rue suite à la fermeture de leur usine de fonderie automobile manifestaient leur colère.

Le même jour, interviewé à France Inter, le directeur général de Renault, Luca De Meo, de retour à la tête de Renault trente ans après ses débuts, déclarait à propos de cette fermeture : « C’est malheureusement le sens de l’histoire. »

Les fonderies, dont les ouvriers ont des années durant fabriqué les pièces en fonte ou en aluminium nécessaires au montage des véhicules, du barillet de serrure jusqu’au bloc moteur thermique, seraient condamnées par l’évolution technologique et par les contraintes liées à la lutte contre la pollution. « On ne peut pas d’un côté souhaiter arrêter les voitures à combustion dans dix ans et, de l’autre, se plaindre qu’il y ait certaines conséquences sur le système », a commenté le grand patron. Passer à la voiture électrique « aura un coût social », affirme-t-il, désignant clairement les milliers de salariés de Renault, de la sous-traitance et des agences d’intérim qui, déjà, se retrouvent sans emploi ou se demandent de quoi leur avenir sera fait.

De Meo justifie de même les économies drastiques qui ont permis, selon lui, de redresser l’entreprise, que la stratégie de son prédécesseur aurait conduite au désastre. Le choix de produire des véhicules haut de gamme, beaucoup plus rentables, est assumé tranquillement. Pour adapter les usines et les centres techniques à sa vision d’avenir, et pour conserver une nécessaire main-d’œuvre qualifiée, « il y a des budgets et de l’argent pour transformer les compétences de 10 000 personnes ». Quant aux autres, quel sort leur est-il réservé ? Ayez confiance, sous-entend le directeur général, prenant l’exemple de l’usine de Flins qui, selon lui, deviendrait « la plus grande plateforme d’économie circulaire en Europe » : Renault se transforme avec sollicitude « pour donner un avenir à [ses] gens ».

S’il parvient à rassurer ses pairs, ce n’est pas le cas des travailleurs, en tout cas justement pas de ceux de Flins, qui viennent de faire connaître leur inquiétude, ni de ceux des autres sites menacés, ni des travailleurs intérimaires qui contribuent pourtant largement aux profits. Les uns et les autres finiront tôt ou tard par montrer aux De Meo et consorts que ceux qui font les voitures peuvent faire aussi l’histoire.

Viviane LAFONT