Plis non distribués mais profits bien encaissés

30 Juin 2021

Dans une interview donnée à Franceinfo le 23 juin, le directeur d’Adrexo expliquait tranquillement que les intérimaires avaient jeté d’eux-mêmes les plis électoraux par mauvais état d’esprit et ne sachant pas faire la distribution des colis et courriers, ou encore que certains intérimaires étaient partis avant la fin de leur mission.

C’est seulement à la toute fin de cette interview qu’il glissait quand même que l’entreprise avait embauché 7 000 intérimaires, là où il en fallait, d’après la direction, 20 000. Et bien entendu, ce dirigeant grassement payé n’a donné aucune explication sur les salaires proposés et les heures de travail imposées.

Mais il se trouve que cette entreprise choisie par le gouvernement pour distribuer les plis électoraux dans 51 départements de sept régions est déjà connue pour les conditions de travail qui règnent chez elle. En 2011, par exemple, un retraité de 75 ans, dont la pension de 740 euros était insuffisante pour survivre, avait accepté un travail chez Adrexo. 26 heures par mois payées 238 euros. Mais les centaines de kilos à soulever et à transporter lui furent fatals et il mourut 19 jours après. L’entreprise fut condamnée en 2015 à verser 5 000 euros à la famille.

D’autres travailleurs ont témoigné au fil des ans de conditions épouvantables. Pour préparer les colis, beaucoup doivent faire le travail chez eux et utiliser ensuite leur voiture personnelle. Des dizaines de travailleurs ont gagné des procès en Prud’hommes car ils étaient payés à temps partiel et travaillaient à plein temps.

En 2007 et 2012, les gouvernements avaient même essayé de faire passer des décrets permettant ces pratiques, tous retoqués sans que l’entreprise les modifie. En 2009, le dirigeant de l’époque s’était fait remarquer en affirmant : « J’estime qu’Adrexo rend service à ces gens : grâce à ce boulot, ils se maintiennent en forme et économisent un abonnement au gymnase. »

Ces requins ont obtenu avec le marché des plis électoraux un nouveau moyen de s’enrichir aux dépens des travailleurs et avec l’argent de l’État, sans même remplir les termes du contrat, mais en bénéficiant de la complicité du gouvernement.

Marion AJAR