Loi Egalim 2 : réglementer la jungle capitaliste ?

30 Juin 2021

La loi dite Egalim 2 a été adoptée par les députés jeudi 24 juin et doit encore être examinée par le Sénat. Il s’agit de corriger la loi Egalim 1 de 2018, qui était censée assurer un prix minimum aux agriculteurs face aux géants de la grande distribution.

La première version de cette loi prévoyait notamment l’interdiction de vente à perte pour les agriculteurs ainsi qu’un encadrement des promotions dans les grands magasins. Mais il y a loin des mots et de la loi à la réalité. Le combat est en effet on ne peut plus inégal entre les agriculteurs d’un côté, en particulier les plus petits, et les grosses entreprises de transformation industrielle et les centrales de la distribution de l’autre.

Un an après l’entrée en vigueur de la loi Egalim 1, un rapport du Sénat listait les différentes techniques utilisées par les grands groupes pour contrebalancer ses éventuels effets : hausses de prix pour les consommateurs, publicité accrue sur les grandes marques et celles des distributeurs dans les rayons des supermarchés.

Les députés eux-mêmes reconnaissent que la situation des agriculteurs ne s’est pas améliorée. La nouvelle loi est donc censée compléter la première, notamment en prévoyant que les prix soient fixés pour trois ans, mesure destinée à préserver les revenus des producteurs des variations des cours des matières premières agricoles. Mais rien n’empêchera par exemple les industriels d’aller s’approvisionner sur le marché mondial, si les prix en question ne leur conviennent pas. Voilà qui laisse entrevoir ce que sera l’efficacité d’Egalim 2. De plus, les industriels de l’agro-alimentaire se sont saisis sans honte de l’occasion pour demander eux aussi des garanties de prix minimum pour leurs produits. Au final, ce sont probablement les consommateurs qui feront les frais de ce bras de fer entre les industriels et la grande distribution. Le gouvernement a déclaré qu’une hausse de prix en rayon était envisageable, et il n’y a aucune raison de croire le ministre quand il assure qu’elle se limiterait à quelques centimes.

Le gouvernement prétend vouloir encadrer les négociations tarifaires, de façon à garantir les revenus des agriculteurs. Mais, comme sur tous les autres marchés de l’économie capitaliste, ce ne sont pas des textes de loi pouvant toujours être contournés qui régissent les relations entre les producteurs et les distributeurs, mais des rapports de force et une lutte féroce pour les profits. Dans la jungle capitaliste, les plus faibles, en l’occurrence les petits agriculteurs, n’ont pas plus de garantie que les autres travailleurs de pouvoir vivre décemment de leur travail.

C. P.