Algérie : Tebboune désavoué, le mécontentement demeure

30 Juin 2021

En Algérie, les élections législatives anticipées du 12 juin, censées apporter une issue à la crise politique, n’ont fait que l’accentuer. Boycottées par la plupart des partis dits d’opposition, elles ont été marquées par une abstention historique de 77 %.

Ces élections se sont déroulées dans un contexte de crise sociale aiguë et de répression accrue à l’encontre de tous ceux qui contestent le pouvoir. Parmi les 25 millions d’électeurs, seuls 5,6 millions ont voté, et plus d’un million d’entre eux ont glissé dans l’urne un bulletin nul. C’est dire si le président Abdelmadjid Tebboune, qui prétendait poser les bases d’une « Algérie nouvelle », vient de subir un désaveu cinglant. Il se révèle être la façade civile bien fragile d’un pouvoir militaire aux aguets.

Le FLN, parti au pouvoir depuis l’indépendance du pays en 1962, est arrivé en tête, emportant 105 sièges sur 407. Lui et son allié du RND (57 sièges) incarnent le « système » rejeté par le Hirak, le mouvement populaire né en 2019 contre la candidature de Bouteflika à un cinquième mandat. Afin de donner l’illusion d’un renouvellement de la classe politique, Tebboune a promu des candidats présentés comme issus de la « société civile » et favorisé la candidature de listes indépendantes, en octroyant même des financements aux candidats ayant moins de quarante ans. Recrutés parmi les hommes d’affaires ou les professions libérales, ces candidats plus jeunes n’ont pas réussi à rendre cette élection plus crédible. Nombre d’entre eux semblent être les faux-nez des partis liés au régime.

Les islamistes du MSP, quant à eux, ont obtenu 64 sièges. Après la décennie noire des années 1990, ils ont été domestiqués par Bouteflika, qui leur a accordé bien des avantages, et avec qui ils ont gouverné. Tebboune sait qu’il peut compter sur eux ; leur leader Abderrazak Makri s’est dit même prêt à devenir Premier ministre dans le contexte tendu que traverse le pays.

En s’abstenant massivement, la population a exprimé son dégoût pour des politiciens corrompus et un système qui perdure. Deux ans après le déclenchement du Hirak, la désillusion est grande. Pour s’imposer, le pouvoir accentue la répression. Plus de 200 personnes sont emprisonnées pour leurs opinions, des hirakistes, des journalistes, des militants ou de simples travailleurs. Les partis dits d’opposition, islamistes de la mouvance Rachad ou démocrates du PAD, tout en ayant appelé au boycott, n’ont aucune perspective à leur proposer. Ils restent sur le terrain d’un ordre social bourgeois qui écrase les classes populaires, et sont indifférents voire n’ont que mépris à l’égard des revendications sociales qui se sont exprimées ces derniers temps.

En effet le mécontentement est profond et la désillusion ne signifie pas la résignation. Les travailleurs et les classes populaires refusent que les grands patrons, les hauts gradés de l’armée et les dirigeants du régime continuent à les exploiter et à voler les richesses du pays, pendant que les conditions de vie se dégradent à toute allure, sous l’effet du chômage et de l’inflation.

Ces derniers mois, les travailleurs de différents secteurs sont entrés en lutte pour les salaires, l’emploi, le droit syndical, l’accès au logement ou à l’eau. Cette élection ne résout rien pour eux. Elle rend encore plus criante la nécessité pour la classe ouvrière d’avoir son propre parti, un parti qui défende ses intérêts et offre une perspective à toute la société.

Leïla Wahda