Abstention : larmes de crocodile et marchands d’illusions

30 Juin 2021

Au premier comme au second tour des élections régionales, deux personnes inscrites sur les listes électorales sur trois ne sont pas allées voter. En réaction au raz-de-marée de l’abstention, une vague de commentaires, parfois méprisants, a inondé les médias.

On a entendu toutes les recettes censées attirer l’électeur : vote sur plusieurs jours, par correspondance, par Internet ou, pourquoi pas, par pigeon voyageur. D’autres, moins imaginatifs, ont proposé de régler le problème en menaçant les abstentionnistes d’amendes ou bien, persuadés de leur mission civilisatrice, ils ont appelé à des campagnes de moralisation sur le « devoir de citoyen » et les différences d’attributions entre les exécutifs régionaux et départementaux.

Tous les hochets agités ces derniers jours et les larmes de crocodile versées au chevet d’une démocratie présentée comme modèle ne parviendront pas à restaurer son image, et pour cause. Si le système politique est de plus en plus discrédité, c’est parce qu’il apparaît pour ce qu’il est : une simple façade. Les élections peuvent se multiplier, les élus se succéder, sans que rien ne change pour les classes populaires. Derrière la façade, le vrai pouvoir appartient de toute façon aux riches et aux capitalistes. Une démocratie qui consiste à accorder aux travailleurs d’en choisir la peinture, et le droit d’en changer tous les cinq ans la couleur, crée de moins en moins d’illusions.

Sacha Kami