PACA : la gauche unie pour se soumettre à la droite

23 Juin 2021

Le soir du premier tour des élections régionales aura vu les dirigeants nationaux de la gauche, « unis comme les doigts de la main » selon la formule célèbre, pour faire un geste politique fort.

Et d’appeler solennellement la tête de la liste d’union Verts-PCF-PS de la région PACA, Jean-Laurent Felizia, à se retirer en faveur de Muselier, le dirigeant des Républicains et d’une droite bien musclée.

Il fallait, selon les états- majors de la gauche, mettre fin au scandale que représentait l’annonce, faite par la tête de liste, de son maintien face à Muselier et Mariani. Il s’agissait, selon Felizia de respecter les électeurs qui avaient voulu manifester leur rejet de ces deux hommes et de leur politique.

Au nom du «faire barrage au Rassemblement national », le secrétaire national des Verts, Bayou, a intimé à Felizia, sous peine d’exclusion, l’ordre de retirer sa liste et d’appeler à voter Muselier. Les propos ont été aussi impératifs du côté de Faure, le secrétaire national du PS. Lundi 21 juin, dans la journée, Felizia a donc dû manger son chapeau, retirer sa liste et appeler à voter Muselier. Le site de L’Humanité, pouvait titrer : « Felizia revient à la raison » !

À cinq ans de distance, le même scénario se rejoue en PACA. En 2015, face à Marion Maréchal-Le Pen, alors tête de liste FN, on trouvait le même Mariani qui conduit aujourd’hui la liste RN, mais qui était alors le meilleur soutien de Muselier. Mariani, vieux briscard de la droite, n’a pas changé de politique, il a simplement changé de boutique. Les allers-retours entre la droite et la droite extrême sont une constante du jeu politique en France, et présenter la droite comme un rempart à l’extrême droite est une escroquerie, d’autant plus lamentable aujourd’hui où les idées les plus réactionnaires fleurissent.

En 1998, la capitulation de la gauche face à la droite, avec le couplet sur le front républicain, avait commencé avec les élections régionales. En 2002, on vit une grande mise en scène dans laquelle, pour cacher le désaveu massif de la gauche gouvernementale par l’électorat populaire, s’insérait l’appel à voter Chirac « pour faire barrage à Le Pen ». Cela n’a empêché ni Le Pen ni son parti de prospérer et les idées réactionnaires de se répandre, y compris dans les milieux populaires. Les partis de gauche, après avoir jeté aux orties les idées socialistes et communistes, ont repris de plus en plus les refrains sur la sécurité, l’immigration. Roussel, le secrétaire national du PCF, a été ces dernières semaines jusqu’à se joindre à la manifestation des policiers, impulsée clairement par l’extrême droite.

En plus du désarroi populaire face à des gouvernements qui, quelle que soit leur étiquette, mènent tous la politique des plus riches, cette soumission politique de la gauche à la droite ne peut que rajouter à son discrédit.

Paul SOREL