Livreurs des plateformes : en colère contre le racisme et l’exploitation

23 Juin 2021
Vendredi 18 juin, des livreurs de plateformes telles UberEats et Deliveroo manifestaient place de la République à Paris.

Ils dénoncent des insultes et agressions racistes dont ils sont victimes. « Dépêche-toi esclave, sale Noir, sale nègre »… À la litanie d’injures racistes se joint
parfois la violence physique, les coups contre ces travailleurs très majoritairement d’origine immigrée et à la peau noire. Face à cette haine, les livreurs à vélo et à moto en appellent à la dignité : « Respect pour les livreurs. Stop insultes, agressions, racisme, mépris, dévalorisation » disait la banderole. Uber en réponse, propose ses solutions. Pour combattre la violence, la plateforme promet… des « actions concrètes pour sensibiliser les utilisateurs au respect des différences ». Pour contrer les insultes racistes, elle n’hésite pas à proposer… la mise en place d’un bouton d’alerte sur l’application ! On croit rêver.

Ce mépris est révoltant mais totalement à la mesure de ce que sont ces exploiteurs de livreurs de repas à domicile. Et c’est toute la façon dont ces travailleurs sont exploités qui est une véritable insulte. 

Ce sont des délais de livraison qui contraignent à prendre des risques, en zigzaguant entre les files de voitures pour récupérer à la clé quelques euros pour la livraison d’un repas ; des journées de 12 heures pendant des semaines de sept jours pour espérer un salaire de 1 200 euros à la fin du mois avec l’obligation d’entretenir son propre vélo ou sa propre moto ; c’est aussi la radiation de l’application sur simple plainte d’un client ou d’un restaurateur.

Il ne fait pas bon être un jeune précaire, a fortiori d’origine immigrée et à la peau sombre, en concurrence avec des centaines de milliers d’autres jeunes précaires, dans un environnement de chômage massif. Face aux requins qui se repaissent de leur exploitation et face aux imbéciles qui se délectent de provocations racistes, seule la lutte peut payer. Les livreurs qui s’organisent l’ont compris.

Sophie GARGAN