Contre le chômage : répartition du travail entre tous sans diminution de salaire

23 Juin 2021

Lutter contre la guerre que mènent les patrons est vital mais la question essentielle reste : sur quels objectifs ? La « politique industrielle » que met en avant la CGT n’offre pas aux travailleurs une perspective réelle.

Bien avant la crise sanitaire, le trust automobile Renault avait déjà décidé de supprimer 15 000 emplois dans le monde, dont 4 600 en France. Aujourd’hui, il veut faire croire que sa décision est liée aux difficultés du marché automobile. De son côté, PSA ne cesse depuis des années de fermer des usines et a supprimé des dizaines de milliers de postes, rien qu’en France. Il en est de même pour les autres groupes automobiles. Avec ces attaques, les patrons cherchent à accroître leurs profits aux dépens des travailleurs, que le marché automobile se réduise ou pas.

Le PDG de Stellantis, Carlos Tavares, explique aux ouvriers italiens de Fiat, qui a fusionné dernièrement avec PSA pour former le nouveau groupe, qu’ils seraient moins compétitifs que ceux de France. En France, à l’usine de Douvrin, le patron veut faire croire que la fermeture serait liée au fait que les ouvriers de Hongrie seraient plus rentables. Pendant ce temps, en Autriche, aux ouvriers d’Opel – qui a été racheté par PSA – il explique qu’ils vont perdre leur emploi car les travailleurs en France seraient, cette fois, plus rentables. Une partie de la production de cette usine d’Autriche est faite désormais à Valenciennes, mais aucun emploi n’a été créé pour autant. Au contraire, PSA a continué, à Valenciennes comme à Vienne, de supprimer des emplois. Toute la politique patronale est basée sur cette mise en concurrence des travailleurs.

Pourtant, la direction de la CGT comme bien des partis politiques de droite, d’extrême droite ou de gauche, affirment que le problème est celui des délocalisations. Pour sauver des emplois, il faudrait donc imposer aux capitalistes soit de relocaliser des productions en France, soit de fabriquer de nouvelles voitures qui se vendraient mieux. Comme si les patrons avaient besoin des conseils des dirigeants syndicaux pour savoir comment faire du profit ! La CGT appelle cela sa « politique industrielle » et appelle donc les travailleurs à se battre pour obtenir des relocalisations de productions, ou pour influencer les patrons afin qu’ils acceptent de produire ces nouvelles voitures.

Tout cela revient à faire croire que les licenciements seraient liés à une production trop faible. Mais c’est un mensonge. Quand les ventes explosaient, jamais aucun patron n’a embauché en proportion. Et comment expliquer que souvent les cadences explosent, y compris dans des usines qui sont menacées de fermeture? Les heures supplémentaires et les samedis travaillés obligatoires se multiplient partout, que la production augmente ou qu’elle baisse. Ce que veulent les patrons n’est pas forcément produire plus, mais exploiter plus chaque ouvrier pour que chaque ouvrier lui rapporte plus de profit et soit encore plus rentable.

Répondre sur le terrain de la production et de la « politique industrielle », c’est aller sur le terrain patronal. C’est vouloir faire croire que les intérêts des ouvriers et des patrons peuvent se rejoindre. Alors que les travailleurs sont attaqués, les profits sont préservés. Renault dispose aujourd’hui d’une trésorerie de 16 milliards d’euros. PSA a encore réalisé plus de deux milliards de bénéfices en 2020.

Enfin, c’est tourner le dos aux possibilités réelles de lutte. À Toyota Onnaing, dans le Nord, où est fabriquée la Yaris « made in France », les 5 000 ouvriers croulent sous le travail et les cadences sont infernales. En République tchèque, ils sont 5 000 à produire la même voiture. L’intérêt de ces travailleurs serait-il de se battre entre eux pour s’arracher la production du patron ? Ou bien au contraire de se battre à 10 000 contre leur patron commun pour imposer d’autres cadences ?

La réponse est évidente. Les travailleurs ont tous besoin de garder leur emploi et leur salaire, mais pas leurs cadences infernales et leur épuisement. En se battant pour la répartition du travail entre tous, et pas pour le mirage des relocalisations, les travailleurs peuvent unir leurs forces dans les usines, entre salariés en CDI et en CDD, intérimaires ou sous-traitants. Et au-delà des murs de chaque usine, ils peuvent se retrouver entre frères de combat, lutter ensemble contre les vraies causes des licenciements : l’avidité des capitalistes, leur acharnement à faire suer du profit à chaque ouvrier.

Marion AJAR