Affaire Adama Traoré : un procès mais toujours pas de justice

23 Juin 2021

Le procès de Bagui Traoré et de trois autres hommes, accusés de tentative d’assassinat sur forces de l’ordre, commence devant la cour d’assises du Val-d’Oise. Une femme est également jugée pour complicité.

Il leur est reproché d’avoir participé, en juillet 2016, aux quatre nuits d’émeute à Beaumont-sur-Oise qui avaient suivi la mort d’Adama Traoré, le petit frère de Bagui. Quelques heures après qu’Adama a succombé, étouffé dans la gendarmerie de Beaumont, un rassemblement s’était formé. Dans la nuit, des véhicules avaient été incendiés, marquant le début des affrontements avec les gendarmes et la police, au cours desquels des coups de feu avaient été tirés.

L’instruction judiciaire a estimé qu’il n’était pas établi que les mis en examen avaient l’intention de tuer : sur les 90 gendarmes et policiers qui se sont constitués partie civile, seuls six avaient été blessés en tentant de réprimer les protestations, seulement légèrement, puisqu’ils n’avaient eu qu’un ou deux jours d’incapacité de travail. Mais le procureur, ayant fait appel, a obtenu un procès pour tentative d’assassinat.

Ce procès s’apparente à une tentative de contre-feu des autorités, après la mort d’Adama étouffé par des gendarmes, qui ont été couverts dans un premier temps par le parquet. Il a aussi un fort relent de vengeance puisque, depuis cinq ans, la famille Traoré et ceux qui les soutiennent multiplient les manifestations pour obtenir la vérité sur la mort d’Adama, combattant toutes les tentatives de camoufler ce meurtre en accident médical, ou de le justifier par des accusations contre la victime.

Jusqu’à présent aucun des gendarmes qui ont coursé, arrêté et étouffé Adama n’est mis en examen. Par contre, le procès de ceux qui ont protesté contre les violences policières est organisé. La justice, comme on dit, suit son cours.

Lucien DÉTROIT