Israël : avec ou sans Netanyahou, la droite extrême au pouvoir

16 Juin 2021

Le 13 juin, la coalition hétéroclite des huit partis israéliens d’opposition à Netanyahou est parvenue à un accord de gouvernement. Le dirigeant d’extrême droite Neftali Bennett, l’une de ses deux têtes, avec le centriste de droite Yaïr Lapid, en est le Premier ministre.

En principe, au bout de deux ans c’est Lapid, leader du parti Yesh Atid (Il y a un futur), qui succédera à Bennett. Celui-ci est depuis 2019 à la tête du parti Yamina (À droite) et du parti des colons Foyer juif.

Des manifestants ont affiché une certaine satisfaction à voir celui qui se fait appeler Bibi subir un échec, après douze ans de règne. Mais sa politique, celle du Likoud dont Bennett fut longtemps un dirigeant, et de l’extrême droite son alliée, est au moins autant représentée qu’avant.

La classe dirigeante israélienne a fini par trouver ce moyen d’écarter celui dont la morgue et les casseroles judiciaires sont devenues gênantes. Pour la population, juive comme palestinienne, celle d’Israël comme celle des territoires occupés et de Gaza, c’est tomber de Charybde en Scylla. Le programme de Bennett, cet homme d’affaires enrichi dans la cybersécurité, a toujours été la colonisation à outrance, jusqu’à prôner l’annexion pure et simple des deux tiers de la Cisjordanie. D’ailleurs, pour lui, il est faux de parler d’occupation israélienne sur ces territoires puisque « il n’y a jamais eu d’État palestinien ». La Cisjordanie n’est pour lui, comme pour nombre de politiciens nationalistes et sionistes, que la Judée-Samarie des textes bibliques. Pour Bennett, comme il l’a souvent déclaré, « la terre d’Israël est à nous depuis 3 800 ans et elle est indivisible ».

L’État d’Israël a été imposé par les dirigeants sionistes, lors de sa création en 1948, par un véritable coup de force contre la population palestinienne. Loin de chercher à organiser la coexistence avec celle-ci, les gouvernements successifs ont approfondi le fossé entre les populations juive et arabe palestinienne. Il s’y est ajouté le choix constant de se ranger derrière la politique des grandes puissances impérialistes dans les guerres de 1956, de 1967 et toutes celles qui ont suivi, aidant celles-ci à conserver le contrôle de la région du Proche-Orient.

Pour garder leur assise dans le pays, les gouvernements ont favorisé tous les partisans de la colonisation des territoires, au point de devenir eux-mêmes les otages des groupes d’extrême droite, religieux ou non, qui y sont majoritaires et hostiles à toute concession aux Palestiniens, voire partisans de leur expulsion pure et simple. On a assisté à une droitisation et à une militarisation des gouvernements et de toute la société, bien loin des rêves d’harmonie sociale que les sionistes de gauche avaient poursuivis dans les premières années.

La population palestinienne de Gaza, de Cisjordanie et d’Israël, mais aussi la population juive payent chèrement cette situation de plus en plus sans issue, ne serait-ce que par l’instauration d’un véritable apartheid au sein de la société israélo-palestinienne. L’extrême droite paradant à la tête du gouvernement est le symbole de ce que les gouvernements israéliens ont fait d’un pays qui prétendait construire un havre de paix pour le peuple juif.

Viviane LAFONT