Aéronautique : l’État passe aux commandes

16 Juin 2021

Le gouvernement vient de dégainer 15 milliards pour l’industrie aéronautique. À l’en croire, il s’agit d’aider un secteur mis à mal par la pandémie de Covid et le marasme du transport aérien. Ainsi, le géant Airbus dit n’avoir enregistré aucune commande en mai. Mais qu’à cela ne tienne, l’État est là pour y pourvoir.

Ce sont d’abord les subventions massives de l’État. Dans l’automobile et à Air France, sous prétexte de sauvegarder les emplois, celles-ci ne servent qu’à abonder les caisses des grandes entreprises et de leurs actionnaires. Ensuite, il y a les commandes, et l’industrie aéronautique vient d’avoir droit aux deux en une semaine.

Ouvrant grand la bourse de l’État le 9 juin, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a décrit cette industrie comme « une fierté nationale », à laquelle il s’agirait d’éviter « tout décrochage face aux géants américains et chinois ». Ce serait donc pour défendre la souveraineté nationale qu’il vole au secours des quatre géants bien de chez nous, Airbus, Safran, Thales et Dassault.

À l’unisson avec le ministre, la vice-présidente PS du Sénat, Marie-Hélène Conway-Mouret, a renchéri : « Il ne faut absolument pas que l’industrie de défense française soit abandonnée. »

Le ministère des Armées a fait savoir dans la foulée qu’il allait accélérer l’achat d’avions ravitailleurs et d’hélicoptères militaires Caracal, pour 600 millions. L’argument, jamais vérifiable et toujours avancé en pareil cas, est que cela « permettrait de sauvegarder 1 200 emplois sur trois ans ». On connaît la chanson.

Quelques jours plus tard, le quotidien économique Les Échos titrait sur le cas concret de la firme Airbus Helicopters, basée à Marignane, qui « mise son avenir militaire sur une méga-commande » de la Direction générale de l’armement.

Le superlatif n’a rien d’exagéré puisqu’il couvre un total de 169 appareils H160, dernier cri de la technique en matière d’hélicoptères, dont il s’agit de doter les trois armées (Terre, Air, Marine), plus la gendarmerie.

Quant aux applications civiles – sauvetage en mer ou en montagne, lutte contre les incendies, transport de passagers, etc. – si quelque chose est prévu, le ministère de l’Économie, celui des Armées et la presse spécialisée le cachent bien. C’est que, dans une économie mondiale en crise, utilisation pacifique des progrès technologiques ne rime pas forcément avec affaires, alors que les conflits guerriers sont une source quasi inépuisable de profits pour de plus en plus de secteurs de la bourgeoisie. Surtout quand leur État passe les commandes et les subventionne avec de l’argent public.

Pierre LAFFITTE