Multinationales : mise en scène au G7

09 Juin 2021

Samedi 5 juin à Londres, les ministres des Finances des pays du G7 (le groupe des sept pays les plus riches du monde) ont affirmé leur fort soutien à un projet visant à taxer les profits des multinationales à hauteur de 15 % minimum.

Bruno Le Maire a salué cette décision comme une avancée majeure dont « la France peut être fière ». Le journal Le Monde n’hésite pas à parler d’un pas historique dans l’instauration d’une fiscalité taillée pour le 21e siècle, rien que ça !

En réalité, cette taxation fort modeste est en dessous des 21 % proposés par Joe Biden, mais elle est surtout nettement en dessous de ce qui se pratique dans bien des pays, dont la France, qui taxe les bénéfices à hauteur de 26,5 %. Cette mesure donnerait donc un argument supplémentaire au patronat français pour exiger une nouvelle baisse du taux de l’impôt sur les sociétés, qui n’a en fait jamais cessé de diminuer depuis 1985 où il était à 50 %.

Cette réforme, qui toucherait les cent multinationales les plus riches du monde, permettrait selon le G7 de rapatrier l’argent exilé dans les paradis fiscaux et rapporterait aux États du G7, qui abritent la majorité de ces multinationales, 123,5 milliards de dollars supplémentaires. Cela donne en fait une idée des profits faramineux que les grandes sociétés continuent de faire malgré la crise.

Mais surtout, si elle était réellement mise en œuvre, cette taxation apporterait-elle un bénéfice aux classes populaires ? Le rôle des États consistant de plus en plus à mettre l’argent public à la disposition du grand patronat, taxer davantage certaines sociétés ne signifie pas prendre sur les richesses de la classe capitaliste pour les mettre au service de la population, mais seulement établir une répartition plus équitable des profits au sein de la bourgeoisie elle-même.

Les ministres du G7 prétendent également qu’il s’agit d’un rééquilibrage en faveur de ce qu’ils appellent les pays émergents, l’Inde, le Brésil, l’Égypte, etc. Mais qui peut croire qu’entre les mains d’un al-Sissi ou d’un Bolsonaro, cet argent servirait à soulager la misère de leur peuple ?

L’annonce du G7 ne mettra certes pas fin à l’accaparement par les capitalistes des richesses créées par le travail. Pour cela, il faut les exproprier purement et simplement.

Denis Aler