Combattre l’extrême droite : contre l’évolution réactionnaire, il faut des perspectives révolutionnaires

09 Juin 2021

De nombreux partis de gauche, syndicats, associations et collectifs appellent à manifester samedi 12 juin dans des dizaines de villes du pays « pour nos libertés et contre les idées d’extrême droite ».

Cet appel unitaire, signé par une multitude d’organisations, dont la CGT, Solidaires, la FSU, la Ligue des droits de l’homme, la FCPE, SOS racisme, Génération.s, LFI, EELV, le NPA, rejoints par le PCF et le PS, dénonce le « climat politique et social alarmant » du pays dans lequel « s’allier avec l’extrême droite ou reprendre ses idées ne constitue plus un interdit ». Il déplore que « les attaques contre les libertés et les droits sociaux s’accentuent gravement » et dénonce l’adoption de « lois liberticides ».

La montée du RN préoccupe à juste titre les militants ouvriers ou progressistes comme de nombreux travailleurs conscients, en particulier parmi ceux issus de l’immigration. Les idées racistes, xénophobes, islamophobes et les propos sécuritaires ne sont plus l’apanage du RN. Elles s’étalent dans de nombreux médias et sont reprises sans vergogne par des dirigeants politiques de tout bord. Avec sa campagne contre le prétendu islamo-gauchisme, ses lois contre le « séparatisme » ou sur la « sécurité globale », ou encore l’interdiction de plusieurs manifestations, Macron alimente depuis le sommet de l’État ce climat brun-bleu.

Combattre la progression de ces idées réactionnaires est en effet vital. Mais on peut se demander où est la cohérence de nombre des organisateurs de cette « marche des libertés ». L’appel à celle-ci a été fait le 20 mai, au lendemain de la manifestation des policiers devant l’Assemblée nationale. Ce jour-là, Jadot, Faure et Roussel, dirigeants écologistes, du PS et du PC, qui appellent aujourd’hui à marcher contre l’extrême droite, s’étaient, sans honte, drapés de tricolore aux côtés des Le Pen, Bardella, Zemmour et autre de Villiers venus se prosterner devant la police. Alors, ne s’agit-il pas pour eux avant tout de redorer leur blason d’opposants à l’extrême droite, après s’en être en fait montrés complices ?

Les partis de gauche portent une lourde responsabilité dans la montée de l’extrême droite. Au pouvoir, ils ont laissé exploser le chômage de masse et la précarité ; ils ont repris à leur compte le nationalisme et la défense des « intérêts de la France » ; ils ont renié une à une les idées progressistes dont ils se disaient porteurs. Élection après élection, au nom du Front républicain, ils ont appelé les travailleurs à voter pour des politiciens aussi réactionnaires que Estrosi ou Bertrand, sans parler de l’appel au vote Chirac à la présidentielle de 2002, semant la confusion. La plupart s’apprêtent à recommencer lors des prochaines élections.

Lorsque ces responsables politiques appellent à manifester contre l’extrême droite au nom des « valeurs de la République », on se demande bien ce que le mot recouvre pour eux. Il est vrai que nombre de travailleurs, de militants, ressentent à juste titre le besoin d’agir contre la progression des idées d’extrême droite, et ces dirigeants voudraient bien s’en proclamer les représentants, non sans arrière-pensées électorales à l’approche du 20 juin. Mais ceux qui veulent vraiment se dresser contre l’évolution réactionnaire doivent le faire au nom d’idées claires.

Les progrès de l’extrême droite sont le fruit de la crise économique et du discrédit du parlementarisme. Parmi les classes populaires, ils résultent du désespoir, de la résignation et du repli de la conscience de classe. Faire reculer l’extrême droite, qu’elle soit incarnée par le RN ou par n’importe quel autre parti, implique que les travailleurs relèvent la tête et montrent leur force collective, et surtout contestent le pouvoir aux capitalistes qui mènent la société vers le précipice. Seules les idées révolutionnaires, les idées de lutte de classe, peuvent ouvrir une perspective face à l’évolution réactionnaire de la société. On ne peut séparer le combat contre l’extrême droite du combat pour ces idées.

Xavier LACHAU