Namibie : un génocide pas cher payé

02 Juin 2021

Vendredi 28 mai, le gouvernement allemand a reconnu le terme de génocide pour désigner les massacres de 65 000 Herero et de 10 000 Nama entre 1904 et 1908 dans sa colonie du Sud-Ouest africain, la Namibie actuelle.

L’impérialisme allemand a sévi dans ce territoire quelques décennies avant d’être dépossédé de ses colonies africaines en faveur des vainqueurs de la Première Guerre mondiale. Mais il se montra aussi féroce que les autres puissances coloniales, au point que les massacres perpétrés en Namibie sont considérés comme le premier génocide du 20e siècle.

Herero et Nama étaient deux populations vivant d’élevage. La colonisation allemande les chassait des meilleures terres et détruisait les circuits de la transhumance. En 1904, la révolte éclatait et la répression fut terrible, conduite par 15 000 soldats débarqués sous le commandement du général Lothar von Trotha, surnommé le Requin depuis qu’il avait participé à la répression du soulèvement des Boxers en 1900 en Chine. Aux exécutions systématiques des hommes, femmes et enfants, aux viols s’ajoutèrent les déportations dans des camps de concentration sur le modèle de ceux que les Anglais avaient ouverts lors de la guerre des Boers à la même époque. Ce furent des mouroirs. Les survivants se réfugiaient dans le désert du Kalahari, mais les points d’eau furent empoisonnés sur ordre du commandement allemand.

Dans les colonies françaises, belges ou anglaises, toute révolte était aussi impitoyablement brisée. Mais le général von Trotha laissa des ordres écrits : « À l’intérieur des frontières allemandes, chaque Herero, armé ou non armé, sera abattu. Je n’accepterai pas non plus de femmes ou d’enfants. » L’objectif explicite d’extermination a fait qualifier le massacre de génocide dans les années 2000. Estimés à 80 000 au début du 20e siècle, les Herero n’étaient plus que 11 000 en 1911 ; la moitié des Nama avaient été massacrés.

Le gouvernement allemand a accepté le terme de génocide et présenté des excuses au nom du peuple allemand après des années de négociations avec le gouvernement namibien. Il s’est engagé à verser 1,1 milliard d’euros, en trente ans, destiné au développement du pays pour solde de tout compte. Mais surtout, il a obtenu des autorités namibiennes la garantie qu’il n’y aurait pas de poursuites juridiques engagées par des descendants de victimes de la colonisation allemande. Derrière le geste de reconnaissance du crime colonial se dissimule, à peine, un sordide calcul. Quant aux descendants des Herero et des Nama, aujourd’hui ultra-minoritaires dans leur propre pays, condamnés à une vie misérable, il n’est même pas certain qu’ils voient la couleur de ce milliard promis par le gouvernement allemand.

Boris SAVIN