Congés : vol patronal

02 Juin 2021

Le gouvernement a choisi la loi sur la sortie de crise sanitaire, que viennent d’entériner la Chambre des députés et le Sénat, pour avaliser et renforcer le vol sur les congés des salariés au bénéfice des employeurs.

Ce sont pourtant les salariés qui ont payé les conséquences de la crise sanitaire au prix fort, voire au prix de la vie de certains d’entre eux. Des millions de travailleurs ont subi le non-respect par nombre de patrons des consignes élémentaires de sécurité, obligés de s’entasser dans des ateliers, des entrepôts, où la règle était : la production d’abord et faire marcher la machine à profits à n’importe quel prix.

Les salariés ont connu, jusqu’à récemment, l’omerta institutionnalisée sur les contaminations des collègues de travail par le Covid, afin de ne pas ralentir le rythme de travail. En retour, le gouvernement décide aujourd’hui que les salariés, qui ont déjà perdu une partie de leur paye avec le chômage partiel, doivent en plus abandonner des jours de congés Les employeurs pourront en effet récupérer au total huit jours de congés payés, comptabilisés en jours ouvrés (c’est-à-dire une semaine et trois jours). Il suffira pour cela, au pire, qu’ils trouvent un ou des syndicats prêts à signer un accord dans ce sens.

Jusqu’ici, dans le cadre des problèmes invoqués par les employeurs, cette récupération avait été limitée à six jours. Ce sont donc maintenant deux jours supplémentaires offerts aux employeurs, les huit jours étant à imputer avant le 30 septembre prochain. Il est vrai que dans bien des entreprises, des patrons n’ont pas attendu le feu vert de la loi pour imposer sous leur seule autorité des jours d’arrêt de travail, prévenant les salariés la veille pour le lendemain ou le jour même, en imputant ces jours sur les congés.

Comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement a tenu à officialiser un autre vol, celui des jours de RTT. Ce sont dix jours que le patron peut voler aux salariés sous sa seule autorité, sans devoir faire semblant de conclure un accord. À sa seule convenance, il suffira que l’employeur prévienne 24 heures à l’avance. Au total, il peut ainsi récupérer 32 % et jusqu’à 51,4 %, des congés que les salariés ont acquis par leur travail. Cela équivaut à une baisse du salaire annuel pouvant dépasser les 8 %, selon le nombre de jours dérobés.

Mais la messe n’est pas dite. Il n’y a aucune raison, loi ou pas loi, que les travailleurs, dans quelque entreprise où ils se trouvent, acceptent de se laisser ainsi dépouiller sans réagir.

Paul SOREL