Algérie : le pouvoir veut museler toute contestation

02 Juin 2021

À Alger, les marches hebdomadaires du Hirak, qui avaient repris en février après un an d’interruption, ont été interdites et réprimées. 2 000 manifestants auraient été interpellés et, si beaucoup ont été relâchés, 180 seraient toujours incarcérés ; la justice vient de condamner vingt d’entre eux à des peines de prison ferme.

En organisant la tenue d’élections législatives anticipées le 12 juin prochain, censées poser les bases d’une Algérie nouvelle, le président Tebboune dit avoir répondu aux principales demandes du Hirak et donc rendu les manifestations inutiles. Il veut maintenant restaurer la stabilité politique nécessaire aux affaires de la bourgeoisie algérienne et des grands groupes internationaux présents dans le pays.

La répression s’est abattue sur les partisans du Hirak qui appellent au boycott du scrutin, mais en fait il s’agit de mettre au pas l’ensemble de la population, de l’empêcher de s’exprimer et de manifester. Cette répression s’accompagne d’un dénigrement des militants, des journalistes, des contestataires et des travailleurs qui luttent pour leur survie, comme les pompiers de la protection civile. Elle vise aussi des organisations de gauche, comme le PST (Parti socialiste des travailleurs) lié au NPA en France, menacé maintenant d’interdiction. Tous sont accusés d’être « à la solde de pouvoirs étrangers ». Suivant un article de la revue de l’armée Djeich, un documentaire produit par les militaires, intitulé Qui vise l’Algérie ? La vérité complète, a été diffusé à la télévision pour propager cette idée.

Si les manifestations du Hirak ont pu être dispersées, c’est aussi que le nombre des particpants s’est considérablement réduit, hormis dans quelques villes de Kabylie comme Tizi Ouzou ou Bejaïa. Les classes populaires et les travailleurs s’en sont détournés, par lassitude, mais surtout parce que les leaders politiques qui prétendent l’incarner ont ignoré les exigences sociales qui n’ont cessé de s’exprimer et ne leur ont offert aucune perspective. En effet, ces derniers mois ont été émaillés de grèves dans les secteurs public et privé, pour les salaires, pour des embauches, des titularisations, et pour le droit syndical. Ce mécontentement est profond et il n’est pas près de s’éteindre.

Après le référendum de 2020 sur la Constitution, les prochaines élections du 12 juin sont vécues comme une mascarade démocratique de plus. Il est peu probable qu’elles suffisent à apporter la stabilité souhaitée par l’armée et les classes dominantes algériennes.

Leïla Wahda