Morts du Covid : les chiffres de la misère

26 Mai 2021

Selon un rapport des services statistiques de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le virus aurait fait plus de victimes que ce que disent les chiffres officiels : 6 à 8 millions de morts à l’échelle de la planète, au lieu des 3 millions jusqu’alors estimés.

Dans les calculs, il y a d’un côté le nombre de notifications de décès enregistrés à l’hôpital, voire celui des décès à domicile consignés par les services administratifs spécialisés et, de l’autre, il y a les chiffres de la surmortalité, c’est-à-dire le nombre de morts en excès en comparaison des mêmes périodes d’avant-Covid.

Dans les pays riches, les services statistiques sont à l’œuvre pour tenter de cerner au plus près la réalité. Ils analysent l’excès de mortalité consécutif à des décès de malades souffrant d’autres maladies et qui n’ont pu être soignés, ou encore aux suicides. Ils étudient aussi la diminution de la mortalité résultant par exemple de la baisse des accidents de la route. Mais, dans bien des pays pauvres, les hôpitaux, quand ils existent, sont inaccessibles pour une grande partie de la population, avec des lits en nombre totalement insuffisant et réservés à une toute petite fraction de cette population. En Afrique, en Asie, en Amérique et même en Europe, là où n’existent ni médicaments ni personnel de santé ni services administratifs ni même de service d’état-civil fonctionnel et, a fortiori, de service statistique, que sait-on du nombre réel de morts ?

Selon les études qui viennent d’être publiées, aux États-Unis, on estime que ce ne sont pas 578 000 personnes qui sont mortes du Covid, mais en réalité plus de 900 000. En France, le nombre de victimes est sans doute plus proche de 135 000 que des 107 000 annoncés. Mais, dans bien des pays pauvres, on ne connaîtra jamais les chiffres. Le virus ne fait là que révéler les tares d’une société faite d’exploitation.

Sophie GARGAN