Police : droite-gauche au pas sécuritaire

19 Mai 2021

Une large brochette de politiciens ont participé à la « marche citoyenne » organisée mercredi 19 mai devant l’Assemblée nationale par tous les syndicats de police.

Pour les organisateurs, cette marche, en fait un rassemblement statique devant un podium, répondait à la colère de leurs troupes après deux assassinats consécutifs de policiers, à Rambouillet puis à Avignon. Après avoir multiplié les témoignages sur le thème « la police, mal-aimée », ils venaient chercher un soutien politique explicite auprès des députés et chefs de parti.

En se rassemblant devant l’Assemblée, ces syndicats venaient réclamer, une fois de plus, des lois plus sévères à l’encontre des crimes visant les policiers. De telles lois existent déjà et, quoi qu’en disent les porte-parole de la police, elles sont appliquées. Ces mêmes représentants ont poussé des hauts cris après que les juges ont acquitté plusieurs jeunes lors du procès en appel des incendiaires d’une voiture de police à Viry-Chatillon. Or, si ce procès prouve quelque chose, ce n’est pas le laxisme de la justice, mais la capacité de certains policiers à fabriquer de faux coupables et à envoyer des innocents en prison. Ce qui ne va pas améliorer l’image de la police...

Du côté des dirigeants de LREM, LR et du RN, qui se livrent à une surenchère sans fin sur le terrain de la sécurité, ce rassemblement était l’occasion de s’afficher. Marine Le Pen a ainsi demandé à « l’ensemble des élus du Rassemblement national » d’y participer, sous la houlette de Jordan Bardella. Darmanin, ministre de l’Intérieur en exercice, a apporté la caution gouvernementale à cette manifestation quasi officielle.

Mais la gauche n’était pas en reste. Olivier Faure du PS mais aussi Fabien Roussel, du PCF, avaient annoncé leur présence. Cet alignement du PS et du PCF sur un langage sécuritaire digne de l’extrême droite n’est pas surprenant. Il découle de leur profond respect pour l’ordre social, aussi déliquescent soit-il. Et, comme les autres, la seule perspective qu’ils ont à offrir aux habitants des quartiers populaires confrontés aux effets délétères du chômage et de la pauvreté est la démagogie sécuritaire… mais parée de vertus « républicaines ».

Ce faisant, ils accréditent un peu plus l’idée, parmi les travailleurs, que le RN avait raison avant les autres. À ce jeu, ils ne lui prendront pas une voix. Au contraire, ils contribuent à distiller eux aussi le poison des idées réactionnaires tout en vantant cet appareil de répression qu’est la police. Car les matraques policières ne protègent jamais les pauvres et sont toujours, au bout du compte, utilisées contre ceux qui se révoltent ou contestent la politique du pouvoir.

Xavier LACHAU