Pinault : musée du capitaliste et capitalisme au musée

19 Mai 2021

Le 22 mai, le milliardaire François Pinault inaugurera à Paris son nouveau musée personnel, complétant ainsi les deux qu’il possède déjà à Venise.

Il faut bien l’ancienne Bourse du commerce, vaste bâtiment à coupole en plein centre de Paris, pour exposer les milliers d’œuvres de sa collection, signées d’artistes contemporains renommés.

L’opération, bénie et subventionnée par l’État et par la Ville de Paris, fait l’objet d’une campagne médiatique à la gloire du généreux milliardaire, de son goût, de son flair et de ses amitiés. Il est vrai que Pinault ne mégote pas. Quand il embauche un conseiller culturel, il choisit un ancien ministre de la Culture et directeur du château de Versailles. Quand il aide un ami dans le besoin, il loge gracieusement Chirac dans un hôtel particulier parisien. Si son fils se marie, c’est avec une star d’Hollywood. Pour contrôler le cours des œuvres de ses artistes, il achète Christie’s, une des plus grosses salles de vente. Après l’incendie de Notre-Dame, il promet cent millions d’euros et, lorsqu’une de ses sociétés est menacée de redressement fiscal, c’est pour 2,5 milliards d’euros. Le propriétaire du groupe de luxe Kering, trentième fortune mondiale, ne peut pas faire moins…

Assis sur sa réputation et ses trente milliards de cagnotte personnelle, Pinault est désormais semblable au roi Midas : tout ce qu’il touche se transforme en or. Il suffit en effet qu’il achète un artiste et qu’il l’expose dans un de ses musées pour que sa cote monte. Le phénomène est encore amplifié par l’énormité des capitaux disponibles, la vanité de ceux qui les détiennent, la certitude que l’art est un placement rentable. La fortune de Pinault gonfle donc avec les cours de la Bourse, grâce à la protection toujours acquise des pouvoirs publics et à la flagornerie des médias.

L’histoire dit que Midas est mort faute de pouvoir boire et manger de l’or. Elle dira si Pinault vivra assez longtemps pour voir une explosion, spéculative, sociale, ou les deux, détruire son pouvoir et remettre musées et collections à la collectivité.

Paul GALOIS