Palestine – Israël : la révolte populaire et les obstacles qu’elle rencontre

19 Mai 2021

Depuis l’expropriation de centaines de milliers de Palestiniens et l’exil de toute une partie d’entre eux, lors de la guerre qui a suivi la proclamation de l’État d’Israël, un mur d’hostilité n’a cessé de se dresser entre cette population spoliée et les centaines de milliers de Juifs qui pensaient trouver là une terre de refuge.

Les dirigeants sionistes ont enfermé leur peuple dans une impasse, choisissant de faire jouer à leur État le rôle de gardien de l’ordre dans la région, pour avoir le soutien indéfectible de l’impérialisme. Ils ont ainsi transformé la population israélienne en gardienne de cet ordre.

La guerre des Six-Jours fut déclenchée en 1967 par Israël­, sous prétexte des rodomontades nationalistes des dirigeants arabes comme Nasser en Égypte, le roi de Jordanie et les dirigeants du Baas de Syrie. Elle aboutit en particulier à la conquête de la Cisjordanie et de la partie Est de Jérusalem. C’est alors que le mouvement de résistance palestinien devint une force populaire, rayonnant grâce à son aspect radical, voire révolutionnaire. Il vit l’entrée des femmes à égalité dans la lutte. Certaines de ses branches politiques se proclamèrent marxistes-révolutionnaires. Cet élan, qui avait aussi des retombées en Israël, fut dilapidé par les dirigeants palestiniens, ceux-ci préférant sacrifier cette mobilisation de leur peuple à l’alignement derrière les dirigeants arabes. C’est ce qui mena à des massacres successifs de combattants palestiniens en Jordanie, au Liban, multipliant les occasions manquées de renverser les pouvoirs réactionnaires de la région.

C’est le peuple palestinien, et tout particulièrement sa jeunesse, qui chercha à sortir de l’impasse dans laquelle l’avaient précipité ses dirigeants en déclenchant en Cisjordanie, occupée par l’armée israélienne, la « guerre des pierres », l’Intifada (le « soulèvement » en arabe), de 1987 à 1991. Ce fut un soulèvement massif de centaines de milliers de jeunes qui affrontèrent pendant quatre ans les balles des soldats. Ce soulèvement populaire, hors du contrôle traditionnel des dirigeants arabes, inquiéta les dirigeants sionistes de l’État d’Israël, et aussi les dirigeants palestiniens. Et pour reprendre le contrôle des masses palestiniennes, les accords d’Oslo de 1993 promirent la création d’un État palestinien. Mais cela se limita à la mise en place de l’Autorité palestinienne dans une partie de la Cisjordanie, sous la surveillance de l’armée israélienne toujours présente.

Dans le cadre de cette pseudo-normalisation, faite sous l’égide de l’impérialisme américain, la colonisation des territoires palestiniens s’est poursuivie, encouragée par les gouvernements israéliens. Elle a favorisé le développement d’une extrême droite nationaliste et religieuse.

Cette évolution a eu son pendant du côté palestinien, avec la montée en puissance du courant islamiste réactionnaire. La déconsidération toujours plus grande de l’Autorité palestinienne permit au Hamas de prendre le pouvoir à Gaza et d’y installer un régime religieux et policier.

En ce mois de mai 2021, le soulèvement spontané d’une partie de la jeunesse palestinienne était la réponse à la tentative d’expulser des Palestiniens de Jérusalem-Est pour les remplacer par des familles juives israéliennes. Cette pratique fréquente a cette fois provoqué une explosion. Ce soulèvement populaire pouvait inquiéter les dirigeants israéliens, mais aussi ceux du Hamas, qui redoutent par-dessus tout l’initiative populaire. Elle peut en effet remettre en question leur pouvoir et celui qu’ils rêvent d’étendre à toute la population palestinienne.

Les dirigeants du Hamas ont lancé donc leurs roquettes sur Israël, en prétendant venir à l’aide de la jeunesse palestinienne. En réalité, c’est tenter d’utiliser les événements en se présentant comme les porte-parole de la révolte. C’est aussi vouloir déplacer la révolte populaire vers un affrontement militaire disproportionné, dont le Hamas connaît les conséquences.

Cette situation risque de renforcer encore les courants les plus réactionnaires aussi bien en Israël, que du côté arabe. Une partie de la population israélienne finit par se sentir otage de ce qu’elle appelle « les fascistes des colonies des Territoires occupés ». Cette extrême droite s’affirme de plus en plus ouvertement en Israël même, ce qui s’est traduit par le lynchage en direct à la télévision d’un Arabe sorti de sa voiture.

Au moment où la révolte naît encore une fois de l’injustice, de l’oppression et de l’exploitation, l’absence d’une politique communiste révolutionnaire prolétarienne se fait cruellement sentir. Elle est la seule, si elle trouve l’oreille des masses, qui peut permettre de dépasser les oppositions sciemment entretenues depuis des décennies par l’impérialisme.

Paul SOREL