Fournisseurs d’énergie : l’art de l’escroquerie

19 Mai 2021

Le médiateur national de l’Énergie, chargé d’informer le public et de tenter de résoudre les différends entre consommateurs et fournisseurs d’énergie, vient de faire paraître son rapport pour l’année 2020.

Les litiges entre les abonnés et leurs fournisseurs d’énergie ont augmenté de 19 % en 2020, après une hausse de 35 % en 2019. Les grandes sociétés ont évidemment la palme : ce sont Total Direct Energie, multinationale du pétrole et troisième fournisseur de gaz naturel et d’électricité, qui écope du carton rouge du médiateur, ENI, trust italien du pétrole, condamné à une amende de 315 000 euros pour des manquements aux règles du code de la consommation, Engie, du groupe Suez, ou l’entreprise espagnole Iberdrola.

Avec l’ouverture à la concurrence pour la fourniture d’électricité, toutes ces sociétés rivalisent depuis des années pour accaparer une part de marché. Il ne s’agit pas de produire, mais de spéculer sur l’achat et la revente d’énergie. Pour enrichir leurs actionnaires, tous les coups sont permis : démarchage insistant où on promet des tarifs mensuels cassés, mais en oubliant de parler de la régularisation de fin d’année qui rend la facture beaucoup moins attrayante ; pressions pour faire renoncer le client à son délai légal de rétractation ; remboursements et résiliation impossibles à obtenir ; offre à prix fixe qui ne concerne que le prix de l’énergie, sans parler des taxes ni de l’abonnement. Un contrat relevé par le rapporteur, et manifestement faux, a même été validé par ENI, dont un démarcheur avait abonné une femme de 98 ans depuis longtemps en ehpad !

Le médiateur alerte également sur l’offre à tarification dynamique qui est en discussion. Il s’agit de facturer l’électricité en fonction du cours du kilowatt sur le marché de gros européen. Ce serait au client d’être attentif aux variations de cette Bourse et de « consommer au moment où l’électricité est la moins chère », selon un des fournisseurs. Dans cette véritable arnaque, les hausses parfois très fortes des prix du marché retomberont inévitablement sur le consommateur.

Entre EDF, qui augmente régulièrement ses tarifs et se comporte comme une entreprise capitaliste ordinaire, et les nouveaux fournisseurs aux dents longues, le choix n’est pas large, alors que la fourniture d’électricité, désormais indispensable, devrait être publique et aussi abordable que l’air que l’on respire.

Sylvie MARÉCHAL