Ceuta : des milliers à fuir la misère

19 Mai 2021

Dans la nuit du 16 au 17 mai, près de 6 000 personnes sont arrivées à pied ou à la nage sur une plage de l’enclave espagnole de Ceuta, au nord du Maroc.

Partis de la côte marocaine de Fnideq, de jeunes hommes, des femmes et des enfants ont contourné les jetées les séparant de cette petite terre de l’Union européenne (UE).

L’afflux de réfugiés a largement dépassé les précédents passages, se chiffrant à moins de 500, au total, depuis début 2021. Le hangar dressé sur la plage pour les abriter, depuis que l’enclave constitue la seule frontière terrestre entre l’Afrique et l’UE, ne prévoit que 200 places. Débordées, les autorités espagnoles avaient déjà renvoyé au Maroc, dès le 18 mai au matin, près de la moitié des migrants.

Pedro Sanchez, chef socialiste du gouvernement espagnol, a annulé précipitamment un voyage diplomatique et tweeté : « Ma priorité en ce moment est de rétablir la normalité à Ceuta. » Cette normalité consiste tout d’abord en un premier tri pour identifier les mineurs, qui ne peuvent être renvoyés et seraient un millier. L’arrivée de renforts de gardes civils et de la police nationale a été annoncée. La suite du programme est sans doute du domaine de la tractation avec les autorités marocaines. Le nombre important d’arrivées pourrait résulter d’une mesure de rétorsion de Rabat, notamment à la suite de l’accueil dans un hôpital espagnol du chef des milices sahraouies du front Polisario, entre autres litiges.

En cas de retour forcé, prévu dans les accords hispano-marocains sur les migrants arrivant à la nage, ceux-ci peuvent s’attendre aux exactions des policiers marocains, à la prison, à l’exil punitif à bonne distance des villes, et de toute façon à retrouver la misère qui les a poussés à partir.

Les blindés installés par les autorités espagnoles pour dissuader de nouvelles tentatives de passage de la frontière, les gaz lacrymogènes, l’appui de policiers marocains, ne parviendront sans doute qu’à ralentir la fuite des désespérés marocains et subsahariens vers l’Europe. Dans la nuit, des groupes de jeunes ont encore marché vers Ceuta, certains s’accrochant à l’arrière de camions, depuis la petite ville d’Assilah, à une centaine de kilomètres au sud. « Je n’ai aucun avenir ici, mon but c’est de passer pour aller vers l’Europe », témoignait l’un d’entre eux.

Comme 13 000 de leurs semblables qui ont réussi, depuis le début de l’année, à gagner les côtes européennes, ces réfugiés doivent pouvoir être accueillis dignement là où ils le souhaitent, dans un continent européen parmi les plus riches du monde.

Viviane LAFONT