Saint-Gobain/Mutares : deux capitalistes ne font pas Lapeyre

11 Mai 2021

lundi 10 mai, des salariés des usines et des magasins Lapeyre ont manifesté devant le Tribunal de commerce de Paris. Les travailleurs refusent la vente de leur entreprise, filiale à 100 % du groupe Saint-Gobain, au fonds d’investissement Mutares qu’ils accusent de vouloir liquider Lapeyre à la demande de Saint-Gobain. Ils ont de bonnes raisons pour cela.

Tout d’abord Mutares n’en est pas à son premier coup. En matière de rachats d’entreprises suivis de fermetures de sites, plans de licenciements et liquidations totales d’activités à la place des actionnaires précédents, Mutares est un récidiviste. Il a déjà liquidé la société de matériel électronique et de commerce en ligne Pixmania, et Grosbill, une des enseignes de distribution informatique, dont s’est débarassée la famille Mulliez, propriétaire d’Auchan.

L’inquiétude des salariés de Lapeyre est également fondée sur le fait que c’est Saint-Gobain, le vendeur, qui paye Mutares pour qu’il récupère sa filiale. Mutares va ainsi encaisser pas moins de 243 millions d’euros en tant que repreneur !

Enfin, personne ne peut croire le nouveau PDG de Lapeyre qui déclare aujourd’hui qu’il n’y aura aucun licenciement d’ici 2022, après avoir annoncé il y a un an, vouloir supprimer 933 emplois, soit 26 % des effectifs, licenciements ramenés dans un deuxième temps à 714 avec la fermeture de trois des dix usines du groupe et de 19 des 126 magasins.

Les travailleurs de Lapeyre ont toutes les raisons de refuser ce marché entre capitalistes. Saint-Gobain, géant des matériaux de construction implanté à l’échelle mondiale avec plus de 800 sites et classé au CAC 40, est lui-même un spécialiste de la liquidation d’entreprises. En 2019, coup sur coup, il a mis en vente la branche travaux publics de son enseigne Point P et liquidé une autre enseigne de vente de fenêtres et de portes, K par K.

Les actionnaires de Saint-Gobain affirment aujourd’hui vouloir recentrer leur activité sur la vente exclusive aux professionnels et abandonner la vente aux particuliers. C’est leur affaire, mais pour les travailleurs, l’impératif est d’avoir un emploi et un salaire pour vivre.

Philippe Logier