Medef et assurance chômage : les chômeurs toujours sacrifiés

11 Mai 2021

Le 6 mai, Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef, a présenté son plan pour réformer le système d’indemnisation du chômage. Il n’y a là rien moins qu’un « Big bang » a-t-il lancé en toute modestie.

Roux de Bézieux estime que le régime de l’indemnisation du chômage ne fonctionne plus et propose « d’articuler un régime de solidarité géré et financé par l’État, un régime assuranciel géré et financé par les partenaires sociaux, et un service public de l’emploi géré et financé par l’État ».

À l’origine, le système confiait conjointement aux syndicats et au patronat la gestion des cotisations chômage. Il leur revenait de fixer les règles d’indemnisation, en se mettant d’accord, l’État n’intervenant qu’en cas de blocage. Il n’y a jamais rien eu là de très favorable aux chômeurs, le système restant finalement entre les mains du patronat.

Le fait est que l’État a fait reposer, toujours plus au fil des ans, la gestion et l’indemnisation du chômage sur les cotisations et donc sur les salaires. C’est ainsi qu’en 2008 a été créé Pôle emploi, financé en grande partie par l’Unedic en y intégrant l’ANPE, auparavant financée entièrement par l’État, et qui assurait l’impossible charge du reclassement des chômeurs. Enfin, depuis 2020, une part considérable du chômage partiel et d’autres aides ont été imputées à l’Unedic, qui chapeaute la gestion des cotisations chômage. Du coup, la dette de l’Unedic, devrait se monter à la fin 2021 à 64 milliards d’euros.

En invoquant cette dette, Macron et son gouvernement veulent imposer, à partir du 1er juillet prochain et par voie de décret, leur réforme de l’indemnisation du chômage. Catastrophique pour des millions de chômeurs présents et à venir, elle entraînerait une baisse drastique de 40 % de l’indemnisation d’une grande partie des chômeurs actuels, et de ceux qui vont entrer dans le système. Pour les millions de travailleurs précaires qui seront jetés à la rue à partir de cette date, ce sera une perte partielle, voire totale du droit à indemnisation.

Leur place dans la gestion des cotisations prélevées sur les salariés préoccupe les sommets des appareils syndicaux, empêtrés dans ce qu’ils appellent le paritarisme. Roux de Bézieux leur fait donc miroiter son « régime assuranciel géré et financé par les partenaires sociaux » et le retour du service public de l’emploi à l’État. Mais le Medef ne veut surtout pas avoir à payer et la classe ouvrière n’a pas plus de bonne volonté à attendre du patronat que de l’État. Le grand patronat et le gouvernement veulent imposer à tous les travailleurs des sacrifices inacceptables. L’heure n’est pas à des concertations trompeuses, mais à la mobilisation, pour inverser réellement cette évolution catastrophique.

Paul SOREL