Esclavage : une abolition conquise par la lutte

11 Mai 2021

Emmanuel Macron a commémoré lundi 10 mai l’abolition de l’esclavage. La cérémonie, qui a lieu tous les ans à cette date depuis 2006, a été instaurée dans le prolongement de la loi Taubira, qui avait déclaré en 2001 la traite et l’esclavage crimes contre l’humanité.

Si cette journée permet d’évoquer les horreurs de la traite négrière, elle n’est pas faite pour rappeler ce qui peut servir aux exploités d’aujourd’hui : le fait que les esclaves ont conquis cette abolition par la lutte.

La date officielle de l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises est le 27 avril 1848. C’est ce jour-là que Victor Schœlcher, l’un des principaux abolitionnistes français, signa le décret y mettant fin. Mais la lutte des esclaves pour leur libération avait commencé bien avant.

En réalité, les esclaves n’ont jamais accepté leur asservissement. L’empoisonnement des maîtres, l’incendie des plantations et la constitution de républiques d’évadés, les « marrons », furent longtemps la terreur des propriétaires. L’explosion générale survint à Haïti, qui était alors la riche colonie française de Saint-Domingue. C’est en effet dans les îles à canne à sucre des Antilles que s’est forgée la fortune de la bourgeoisie française et qu’est née la richesse des ports de traite négrière comme Nantes ou Bordeaux, dans des plantations où les planteurs clouaient au sol les esclaves rebelles pour les fouetter à mort. Cette continuité entre la bourgeoisie actuelle et ses ancêtres esclavagistes, les représentants actuels de la bourgeoisie française se gardent bien de l’évoquer.

L’esclavage fut aboli une première fois dans les colonies françaises le 4 février 1794, au point culminant de la Révolution française, abolition qui devait autant au désir des membres de la Convention de s’appuyer sur les esclaves contre les troupes anglaises, qu’à l’œuvre des abolitionnistes. Mais, lorsque Napoléon tenta de restaurer l’esclavage en 1802, son armée fut balayée d’Haïti par celle des esclaves. En Guadeloupe en revanche, les troupes de Napoléon réussirent à reconquérir l’île, en massacrant 600 esclaves révoltés.

Après la révolte d’Haïti, les jours de l’esclavagisme étaient comptés, et les puissances qui en usaient dans les îles sucrières durent bon gré mal gré envisager de continuer l’exploitation sous d’autres formes. L’esclavage fut aboli dans tout l’Empire britannique en 1834, à la suite d’une révolte en Jamaïque. En France, il fallut attendre la révolution de février 1848 et la présence d’abolitionnistes au Gouvernement provisoire qui dirigea le pays jusqu’en mai. Et encore, les esclaves de Guadeloupe et de Martinique durent se mobiliser pour garantir que le décret soit appliqué et éviter tout retour en arrière.

Pour tous ceux qui luttent contre l’exploitation capitaliste, c’est de ce combat qu’il importe aujourd’hui de se souvenir.

Daniel MESCLA