Brésil : la guerre aux pauvres à Rio

11 Mai 2021

Jeudi 6 mai, une descente de police dans la favela de Jacarezinho, dans les quartiers nord de Rio, a fait 29 morts, dont un policier. C’est le dernier épisode de la guerre aux pauvres et aux Noirs que mènent les autorités de cette ville qui est la devanture touristique du Brésil, la « cité merveilleuse ».

Le prétexte de cette attaque, avec hélicoptères, voitures blindées et près de 300 policiers, était comme toujours la guerre aux trafiquants de drogue qui contrôlent encore une bonne partie des favelas de la ville. Mais cette lutte affichée contre la drogue cache mal la volonté de remplacer les gangs par des milices liées aux autorités, et en particulier au clan Bolsonaro. Ces milices reprennent à leur compte le trafic de drogue et le racket des habitants, mais sont plus ou moins contrôlées par les autorités et protégées par la police.

L’opération du 6 mai était exceptionnellement menée par la police civile, et non par la police militaire encasernée. Bien que préparée depuis dix mois paraît-il, elle n’était guère au point. Un policier a tout de suite été tué, en tentant d’écarter un obstacle à l’entrée du quartier. C’est ce qui aurait donné le signal du massacre, les policiers en furie entrant dans les maisons et exécutant les habitants qui leur tombaient sous la main. La police a bien sûr publié qu’elle avait ainsi tué 28 « bandits ».

Cette tuerie a d’autant plus choqué que la Cour suprême avait interdit pour la durée de la pandémie toute opération policière dans les favelas, probablement en raison du chômage et de la misère dus au Covid-19, qui a déjà fait 425 000 morts. Mais si la Cour peut décider de la mise en prison ou de la destitution d’un président ou ex-président, pour elle se faire obéir de la police c’est autre chose. Bolsonaro était venu l’avant-veille rendre visite à son ami le gouverneur de Rio. On apprendra peut-être un jour qu’ils ont alors décidé de se couvrir de gloire en portant un coup décisif au gang qui contrôle Jacarezinho.

Ce qui est sûr, c’est que les autorités et la police sont en guerre permanente contre la population pauvre et noire de Rio. Depuis le début de l’année, cette guerre a fait 453 morts, dont huit ou neuf sur dix sont des Noirs. Dans leur énorme majorité, les habitants des favelas ne sont pas des marginaux, mais des travailleurs soumis au pouvoir des gangs, car l’État brésilien n’a jamais été capable de contrôler et d’organiser ces communautés. Au racket des trafiquants s’ajoutent les contrôles et parfois, comme ici, les attaques meurtrières de la police et de l’armée.

Quand les forces armées officielles de la bourgeoisie s’attaquent à l’État parallèle instauré par les grands gangs structurés à l’échelle du pays, ce sont les travailleurs, les pauvres et les Noirs qui sont pris entre deux feux et fournissent les victimes. Ce sont deux mafias, contre lesquelles il leur faudra s’organiser et s’armer.

Vincent GELAS