Rafale pour l’Égypte : un succès du “Tuez français”

05 Mai 2021

La dernière opération commerciale du ministère de la Défense, un nouveau contrat à près de 4 milliards d’euros signé par l’Égypte du dictateur al-Sissi pour la fourniture par Dassault Aviation de trente Rafale supplémentaires, aura fait au moins trois heureux.

Le maréchal Sissi se montre un des grands pourvoyeurs de l’armée de l’air égyptienne en avions de guerre, depuis l’époque révolue des Mirage. La ministre Parly, elle, se réjouit de ce qu’elle voit comme un « partenariat stratégique et militaire entre la France et l’Égypte, et un nouveau succès à l’export pour la France et son industrie de défense ». Enfin, Dassault Aviation remplit son carnet de commandes pour trois ans et empoche 3,75 milliards d’euros, ses collègues MBDA et Safran Electronics & Defense obtenant pour leur part une commande à 200 millions.

Déjà à la tête de 24 autres Rafale financés par l’Arabie saoudite, le régime égyptien pourra cette fois compter sur un prêt sur dix ans de quatre grandes banques, le Crédit agricole, la Société générale, BNP Paribas et le CIC, garanti à 85 % par l’État français. Autrement dit, ce sont en dernier ressort les finances de l’État français qui supporteront ce trou de quelques milliards, avant de le faire payer par de nouvelles dégradations dans les services publics ou le versement des pensions.

Préparée par une visite de Macron au Caire en janvier 2019, la négociation avait connu un léger froid lorsque le président français avait timidement fait allusion au respect des droits de l’homme. Le nuage avait été chassé par la remise de la grand-croix de la Légion d’honneur à Sissi en décembre 2020. Puis, il y a quelques semaines, une visite officielle du directeur de la DGSE avait scellé les bonnes relations et le rôle que l’impérialisme français attend de l’Égypte de Sissi dans la région.

Dans un tel marché, où les calculs stratégiques des puissances impérialistes s’additionnent aux intérêts des capitalistes de l’armement, ni la vie des populations ni celle des opposants emprisonnés et torturés par Sissi ne pèsent bien lourd.

Viviane LAFONT