Niger : un héritage empoisonné

05 Mai 2021

Orano, anciennement Areva, a fermé fin mars sa mine d’uranium d’Akouta au Niger. Cette fermeture laisse présager le pire pour les mineurs et la population locale.

La mine souterraine d’Akouta avait été créée en 1974. Areva exploitait alors depuis six ans l’uranium d’une mine à ciel ouvert voisine. Pendant des dizaines d’années, la compagnie a pu tirer de ces deux mines l’essentiel du combustible de ses centrales nucléaires, à des prix défiant toute concurrence. Les accords signés à l’indépendance réservaient à la France la totalité de la production et, si depuis Areva a diversifié ses sources d’approvisionnement, la compagnie a toujours bénéficié d’une compréhension particulière des chefs d’État nigériens, pour lesquels la présence de l’armée française représente une assurance tous risques. Mahamadou Issoufou, président du Niger jusqu’au 2 avril dernier, était d’ailleurs l’ancien directeur d’une filiale d’Areva.

Malgré ces richesses minières, le Niger est ainsi resté l’un des pays les plus pauvres du monde, l’un de ceux où la mortalité infantile est la plus élevée et où un quart à peine de la population est alphabétisée.

Après avoir pillé le pays pendant près de cinquante ans, le successeur d’Areva ferme maintenant ses mines, invoquant l’épuisement du site. Mais la compagnie elle-même reconnaît qu’il y a toujours de l’uranium en terre. L’extraction n’est simplement plus rentable avec la chute des cours de l’uranium intervenue après la catastrophe de Fukushima et la diminution du nombre de centrales nucléaires dans le monde.

C’est la population locale qui va pendant de longues années faire les frais de cet arrêt. La ville minière d’Arlit, née de l’exploitation de l’uranium, compte aujourd’hui 100 000 habitants, et beaucoup d’entre eux se demandent comment ils vont désormais nourrir leur famille. Si la Cominak, la filiale d’Orano qui exploitait le site, a prévu un plan social et un suivi médical pour ses 600 salariés, il n’en est pas de même pour les 700 sous-traitants, qui sont complètement abandonnés. Comme l’explique une ONG locale, « ceux-ci ont travaillé dans les mêmes conditions, ont été exposés aux mêmes dangers de rayonnement que leurs collègues et ne toucheront pas de prime de licenciement économique ». Beaucoup d’entre eux risquent de périr des cancers du poumon ou des reins qui frappent les travailleurs de l’uranium partout dans le monde. Et, au-delà de ceux qui travaillaient à la mine, c’est même toute la population d’Arlit qui est menacée. Des matériaux sortis de la mine ont été répandus en surface pour faire des routes ou utilisés pour construire des maisons, et des millions de tonnes de déchets radioactifs sont aujourd’hui stockées en surface.

Comme si tous ces méfaits ne suffisaient pas, les dirigeants d’Orano y ont ajouté une marque de cynisme en organisant une fête avec méchoui pour célébrer la fermeture.

D. M.