Le Maire et la dette : “quoi qu’il en coûte” aux travailleurs

05 Mai 2021

Le 1er mai le ministre des Finances, Bruno Le Maire, a livré ses calculs économiques et ses prévisions budgétaires. Ainsi l’État aurait dépensé 168 milliards d’euros en 2020 pour maintenir à flot l’économie française, suivant les directives de Macron qui avait promis que cela serait fait, « quoi qu’il en coûte ».

Sans même discuter ce chiffre, on ne peut que constater que cette manne a été très inégalement répartie. À la fin de l’année 2020, les grandes fortunes avaient augmenté de quelques dizaines de milliards, alors que le monde du travail avait perdu des centaines de milliers d’emplois et un nombre incalculable de petits boulots, précaires ou saisonniers, déclarés ou non. Le salaire des travailleurs mis en chômage partiel a été amputé, de nombreuses primes et des jours de congé ont été supprimés, etc. Le quoi qu’il en coûte aura donc en fait coûté cher aux travailleurs salariés ainsi qu’à nombre de petits et surtout de très petits patrons, contraints d’interrompre ou de limiter leurs activités.

Le Maire a exposé ensuite ses idées sur la façon de rembourser ces 168 milliards et ceux qui seront encore dépensés, quel que soit le montant réel. Le ministre commence par la chanson douce : le redémarrage de la croissance, créant de nouvelles richesses et de nouvelles ressources pour les finances publiques suffira, espère-t-il, pour payer les dettes. Sauf que personne, ni lui ni Nostradamus, ne peut affirmer que croissance il y aura. De plus, les économistes, distingués ou non, ont cru discerner plusieurs périodes de ­mini-croissance ces dernières décennies, sans que la dette publique cesse pour autant d’augmenter.

Alors vient l’air de la purge, dans lequel Le Maire préconise la poursuite des réformes. Il a cité celle de l’Assurance-chômage, qui prévoit de diminuer les allocations de centaines de milliers de sans-emploi et dont le principe a été voté par les députés. Il annonce la poursuite de celle des retraites, telle que les travailleurs l’ont rejetée lors du mouvement de l’hiver 2019-2020, avec l’allongement de la durée de cotisation, la diminution des pensions, le calcul par points.

Pour conclure son récital, le ministre promet une meilleure gouvernance des finances publiques. On sait que c’est en utilisant ce genre de phrase creuse de politicien que, par exemple, les gouvernements successifs ont fermé des hôpitaux, des services et des lits, avec les résultats catastrophiques que l’on sait. Pour Le Maire et les siens, visiblement, il reste des hôpitaux à saccager, des écoles à fermer, des emplois utiles à supprimer dans les services publics.

Avec ou sans pandémie, la dette publique a pour fonction essentielle de transférer le produit du travail social de la classe travailleuse dans les coffres-forts de la classe parasite.

Paul GALOIS