Commémorations : la mémoire selon Macron

05 Mai 2021

Les commémorations en tout genre, Macron en fait ses délices. Elles lui permettent d’occuper pour un jour le devant de la scène sans que cela risque de diminuer sa popularité.

Mais, par-dessus tout, il aime s’approprier la célébrité d’hommes politiques. En janvier, il s’était recueilli sur la tombe de Mitterrand, à Jarnac, pour le 25e anniversaire de sa mort. L’année précédente avait été pain béni pour lui, de Gaulle lui offrant plusieurs occasions de célébrer sa mémoire : c’était à la fois le 130e anniversaire de sa naissance, le 80e de l’Appel du 18 juin et le 50e de sa mort, le 9 novembre 1970. Clemenceau avait eu droit la même année au dépôt d’une gerbe de fleurs par le président devant sa statue le 11 novembre, pour le 102e anniversaire de l’armistice de 1918, bien que le choix de la date n’ait pas donné un compte rond.

En 2019, là, Macron avait raté son coup : il y a 250 ans, le 15 août 1769, naissait Napoléon Bonaparte, date passée inaperçue parmi la population. Il en aurait été de même pour l’anniversaire de sa mort si les médias ne s’en étaient pas emparés et si le président n’avait pas décidé de participer aux cérémonies de commémoration du mercredi 5 mai. Ses prédécesseurs avaient habilement évité d’honorer ce personnage, arrivé au pouvoir en 1799 par un coup d’État mettant un point final à la période de la Révolution. En même temps qu’il consolidait le pouvoir de la bourgeoisie par la création d’institutions et la promulgation d’un Code civil privilégiant les possédants, Bonaparte imposait sa dictature et, aux Antilles françaises, il rétablissait l’esclavage qui avait été aboli par la Convention en 1794.

En participant à cette commémoration, même s’il a émis quelques critiques envers la politique de Napoléon 1er, Macron choisit de faire un pas de plus vers la droite réactionnaire qui idolâtre le fossoyeur d’une révolution et glorifie tout État autoritaire capable de protéger ses richesses.

Marianne LAMIRAL