Brigades rouges : arrestations très politiques

05 Mai 2021

Fin avril, la police française a arrêté neuf réfugiés politiques italiens, anciens membres des Brigades rouges ou d’autres organisations nées dans les années 1970, comme Lotta continua.

Ces réfugiés bénéficiaient depuis des années de l’asile politique en France, où ils avaient refait leur vie et ne revendiquaient plus depuis longtemps la lutte armée. Leur arrestation aujourd’hui relève de la basse vengeance et d’un « procédé innommable » qu’a dénoncé leur avocate. Mais Macron a justifié cette action en disant : « La France, elle aussi frappée par le terrorisme, comprend l’absolu besoin de justice des victimes. »

Dans le climat politique actuel, entretenu par les déclarations gouvernementales sur un prétendu islamo-gauchisme qui serait le complice objectif des terroristes, le fait de mettre dans le même sac les attentats djihadistes et les actions des groupes ayant revendiqué la lutte armée durant les « années de plomb » en Italie n’est pas innocent. Ces derniers ont mené, il y a cinquante ans, des attentats ciblés contre des personnes – magistrats, politiciens, grands patrons, hauts gradés de l’armée – symbolisant la bourgeoisie et l’État à son service. La méthode des attentats individuels n’a certes rien à voir avec la politique communiste révolutionnaire. Ces militants voyaient dans ces actions une étape vers le renversement de l’État bourgeois, sans s’appuyer le moins du monde sur la classe ouvrière, au nom de laquelle ils prétendaient pourtant agir. Mais, à l’époque, les attentats aveugles faisant des dizaines de victimes, comparables à ceux commis aujourd’hui un peu partout dans le monde par les djihadistes, étaient le fait de l’extrême droite, qui agissait de surcroît avec la complicité de pans entiers de l’appareil d’État italien.

Dans cette affaire, la lutte contre le terrorisme est tout autant un prétexte que la compassion vis-à-vis des familles de victimes. Macron veut s’afficher comme un ferme partisan de l’ordre, y compris contre l’extrême gauche. Il montre qu’il ne veut pas respecter la « doctrine Mitterrand », par laquelle celui-ci avait accepté l’asile politique en France des italiens partisans repentis du terrorisme « s’ils n’avaient pas commis de crimes de sang ».

Mais Macron veut aussi faire un petit cadeau à Mario Draghi, le chef du gouvernement italien. Voilà des décennies que l’État italien présente à la France une liste de 200 personnes dont il demande l’extradition. En lui en concédant dix, l’un étant encore recherché, Macron donne l’occasion à Draghi d’apparaître comme plus efficace que ses prédécesseurs, y compris plus fort que Salvini, le dirigeant de la Ligue d’extrême droite, qui avait dû se contenter de l’extradition d’un seul militant d’extrême gauche, Cesare Battisti, obtenue de la Bolivie, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, en janvier 2019.

Les recours en justice permettront peut-être aux neuf ex-militants d’échapper à l’emprisonnement en Italie. Mais, quelle que soit l’issue de cette mise en scène, elle aura permis à Macron d’ajouter une pierre à son édifice réactionnaire.

Nadia CANTALE