Jeux Olympiques : cours et tais-toi

28 Avril 2021

Avant les jeux Olympiques de Tokyo prévus cet été, le Comité international olympique (CIO) maintient l’article 50 de sa charte qui ne tolère « aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale dans un lieu, site ou autre emplacement olympique ».

Le CIO présente cette décision comme le souhait des sportifs eux-mêmes. C’est on ne peut plus malhonnête. Comme si, dans un univers où ce sont les sponsors et les fédérations sportives – autant dire les gouvernements – qui font la loi, les sportifs étaient libres de choisir en toute indépendance, selon leur conscience. Dans ces conditions, qu’un tiers des 3 547 participants à la consultation organisée par le CIO se soient prononcés pour la suppression de cet article est significatif. Cela montre que bien des sportifs refusent d’être réduits au simple rôle d’hommes-sandwichs pour Adidas, Coca-Cola et autres.

Les sportifs qui se sont servis de leur notoriété ou de la tribune offerte par les JO pour exprimer leur révolte contre les injustices sont précisément ceux qui ont le courage de braver les interdictions et d’en subir les conséquences. John Carlos et Tommie Smith, les deux athlètes qui avaient levé le poing aux JO de Mexico en 1968 en soutien à la lutte des Afro-américains contre les discriminations, ont été exclus à vie de l’équipe américaine. Le boxeur Mohamed Ali, qui avait refusé de faire la guerre au Vietnam car, disait-il, « aucun Viêt-cong ne m’a jamais traité de nègre », fut déchu de son titre de champion de monde et condamné à une lourde amende. Plus récemment, la star du football américain Colin Kaepernick, qui avait mis un genou à terre en 2016 pour protester contre le racisme qui gangrène la police, s’est retrouvé sans club pendant des années.

Loin d’être une « fête du sport apolitique », les JO, comme toutes les grandes compétitions sportives, sont une gigantesque foire au chauvinisme dont les gouvernements se servent pour tenter de souder leur population derrière eux. Le CIO peut continuer à afficher son apolitisme de façade et réprimer ceux qui refusent de respecter cette hypocrisie, il n’en a pas fini avec la contestation.

Denis Aler