Délire psychiatrique et délire démagogique

28 Avril 2021

Après l’assassinat de Sarah Halimi, les experts psychiatres mandatés par la justice ont, par deux fois, estimé que le coupable, Kobili Traoré, était irresponsable pénalement.

Il est, depuis son arrestation, interné dans une unité spéciale psychiatrique et, disent les médecins, n’est pas près d’en sortir. Le tribunal a suivi l’avis des experts, éteignant l’action pénale et déclenchant un tollé médiatique, politique et surtout intéressé.

La droite dans son ensemble, gouvernement compris, hurle au laxisme judiciaire, tant l’occasion lui semble belle. Ce malade mental au nom étranger, bourré de cannabis, proférant des insanités antisémites, souffrant depuis plusieurs jours de délire de persécution a assassiné sa voisine, une femme juive de 65 ans, dans des circonstances particulièrement horribles, persuadé qu’elle était le diable. Si la justice se contente de le déclarer fou et de l’enfermer, quelle aubaine ! Et tous donc de réclamer une justice plus dure, de conspuer les experts et les juges et de se presser devant les caméras et les micros pour enchérir dans le délire sécuritaire, ne reculant devant aucun amalgame ni aucune affabulation. Les plus modérés proposent de modifier la loi en définissant plus exactement l’irresponsabilité mentale. Vaste programme… D’autres dissertent sur les dangers plus ou moins grands du cannabis sur la santé mentale et les avantages de sa prohibition ou de sa dépénalisation. Les plus excités ne proposent rien mais s’arrogent le monopole de la lutte contre l’antisémitisme, en en faisant le prétexte de tous leurs préjugés.

Dans une époque de réaction, alors que les malheurs individuels et collectifs se multiplient, que les préjugés de toute sorte font florès, des médias mettent du sel sur les plaies et des bateleurs politiques déballent leur sale marchandise. Ce n’est pas la justice qui les intéresse, ni la douleur des proches de Sarah Halimi, ni même la révolte devant ce crime odieux, mais leur autopromotion. Si Kobili Traoré, assassin dans son délire antisémite, avait été jugé et condamné à la prison, il ne leur serait resté qu’à réclamer une peine plus lourde. Sur cette voie, à quand le retour à la torture, au supplice des brodequins ou au bûcher en place publique ?

Paul GALOIS