Campagne sécuritaire : un poison28/04/20212021Journal/medias/journalnumero/images/2021/04/2752.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Campagne sécuritaire : un poison

Le meurtre au couteau d’une fonctionnaire du commissariat de Rambouillet par un chauffeur-livreur tunisien arrivé en France en 2009, radicalisé depuis peu et visiblement déséquilibré, a fourni à la droite un nouveau prétexte pour une campagne contre l’immigration.

« Il faut cesser de nier le lien entre le terrorisme et l’immigration récente » ; « il faut reprendre le contrôle de nos frontières », a déclaré Valérie Pécresse. « Moi président, je ne permettrai pas à un étranger entré illégalement en France d’être régularisé », a ajouté Xavier Bertrand, qui promet, tout en nuances, « une peine incompressible de 50 ans pour les actes de terrorisme ». Dans leur charge contre le supposé laxisme de Macron face à l’immigration et l’insécurité, les ténors de LR ont débordé sur leur droite les chefs du RN.

Cette surenchère aux relents malodorants s’inscrit déjà dans la campagne électorale présidentielle. Macron ayant siphonné le programme de la droite sur le terrain économique et social, celle-ci cherche à se démarquer sur celui de la sécurité. Macron et Le Pen étant en tête des sondages, la droite LR cherche à crier plus fort qu’eux contre les étrangers et l’immigration. Peu leur importe qu’il n’y ait aucun lien entre ceux-ci et l’insécurité.

Pour ne pas être en reste, Macron et ses ministres s’agitent sur le même tas de fumier. Opportunément, Darmanin a présenté le 28 avril en Conseil des ministres un nouveau projet de loi antiterroriste, la vingtième loi du genre depuis vingt-cinq ans ! Supposée permettre de tracer davantage les anciens détenus condamnés pour ce motif, elle va donner un peu plus de droits à la police pour surveiller les communications, les réseaux sociaux, ou pour permettre les visites domiciliaires. Elle n’empêchera pas plus les attentats que les précédentes mais pourra être utilisée à la discrétion du pouvoir pour surveiller tous ceux, même totalement opposés au terrorisme, qui contestent l’ordre social.

Pendant l’année qui vient, chaque acte terroriste réel ou supposé, chaque fait divers sordide, chaque décision de justice jugée trop clémente, seront exploités et amplifiés par les uns et les autres. Cette surenchère va nourrir le racisme et la xénophobie et désigner à la vindicte publique les musulmans ou supposés tels. Sous prétexte de lutte contre l’immigration clandestine, elle confortera nombre de policiers à multiplier les vexations, les brutalités et les abus de pouvoir. Plutôt que d’empêcher la radicalisation terroriste ou simplement la folie, un tel accueil, de tels traitements contribueront à les engendrer.

Quant aux travailleurs de ce pays, ils ont tout à perdre à se laisser diviser en fonction de leur origine, leur religion ou leur nationalité. Dans les usines ou les bureaux, sur les chantiers et les réseaux de transports, ils sont frères et sœurs d’exploitation. À l’inverse, les Macron, Bertrand, Pécresse ou Le Pen, qui sèment la haine et la division pour accéder au pouvoir, défendent tous un ordre social infâme qui nourrit le terrorisme.

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