Vaccins : ceux qui les trouvent, ceux qui encaissent

21 Avril 2021

Si la mise au point de vaccins contre le Covid a été particulièrement rapide, ce n’est pas vraiment grâce aux grands laboratoires du Big Pharma qui aujourd’hui en encaissent les profits.

Ordinairement, après l’apparition d’un nouvel agent infectieux, il faut compter plusieurs années de travaux avant la mise au point d’un vaccin efficace. Pour le Covid, dix mois à peine après la déclaration des premiers cas, cet exploit que beaucoup estimaient impossible est devenu réa­li­té, grâce aux efforts des scientifiques.

Bien sûr il y a eu les investissements financiers des États. Ceux-ci ont versé au pot et les plus riches ont versé le plus. Mais les investissements étaient destinés à la production, et pas à la recherche. Ainsi, avant même l’été 2020, avant même la mise au point de vaccins, l’État américain avait prépayé des millions de doses à Pfizer, Moderna, Astra­Zeneca, Johnson & Johnson et Sanofi, et avait versé des dizaines de milliards de dollars.

Si les vaccins ont été découverts si vite, notamment les vaccins à ARN messager, c’est en fait que, avant même l’apparition du nouveau coronavirus, des scientifiques travaillaient sur cette technique dans des laboratoires publics, des laboratoires universitaires, pour certains depuis des dizaines d’années.

Ainsi, on a pu voir dans quelques journaux et émissions télévisées Katalin Kariko, 65 ans aujourd’hui, chercheuse en biochimie. Partie de Hongrie en 1985, à l’âge de 30 ans, elle a intégré l’université de Pennsylvanie aux États-Unis. Elle y a poursuivi des recherches sur l’ARN messager, à une époque où ce sujet n’ouvrait sur aucune application. Seul l’intérêt scientifique pouvait motiver vraiment la recherche. Jusqu’à ce que, en 2005, de premiers bons résultats ouvrent la voie à ces nouveaux vaccins que sont les vaccins à ARN.

Ceux-ci font donc maintenant la fortune des actionnaires de l’industrie pharmaceutique. L’utilisation, le pillage par celle-ci des découvertes de la recherche publique, c’est-à-dire financée par la collectivité, est une constante. Depuis longtemps, les grands capitalistes de la pharmacie ont réduit leurs budgets de recherche, fermé des centres, externalisé cette recherche sur des petites entreprises de biotechnologie et sur des laboratoires universitaires, où des scientifiques travaillent, cherchent et parfois trouvent.

Comme pour toutes les autres activités de toute la société, ce sont ces travailleurs de la recherche qui sont utiles à la société, mais ce sont des capitalistes parasites qui en empochent les profits financiers.

Sophie GARGAN