Suez Veolia : accord entre parasites

14 Avril 2021

Depuis des mois, dans le monde particulièrement lucratif de la gestion de l’eau, des déchets et de l’énergie au niveau international, Veolia tente de dévorer l’autre géant Suez afin que naisse un colosse toujours plus gros.

En octobre 2020 Veolia, l’ancienne Générale des eaux, rachetait pour 9 milliards d’euros 29,9 % des actions de Suez, son principal concurrent issu de la Lyonnaise des eaux. Pas de raison de s’arrêter en ­chemin, en janvier 2021, Veolia lançait une offre publique d’achat (OPA) pour acquérir les 70,1 % restant afin de constituer, selon les dires de son PDG, le « champion mondial de la transition écologique ». Suez criait alors à l’OPA hostile et lançait la bataille pour faire monter les prix ; actionnaires, banques, institutions financières, fonds spéculatifs, justice, représentants politiques, médias…, tous étaient conviés.

Enfin, le 12 avril Suez et Veolia ont annoncé un accord de principe sur un rapprochement. Veolia proposait initialement un prix d’achat de 18 euros par action alors que Suez en voulait 22,50 euros, mais les deux compères sont maintenant tombés d’accord sur un prix à 20,50 euros le titre, soit au total 13 milliards d’euros à débourser par Veolia.

L’accord n’est pas définitif. Il devrait être signé à la mi-mai. Mais il y a d’ores et déjà des certitudes. D’un côté, à un pôle de la société, des milliards d’euros viennent de s’échanger, permettant d’enrichir les détenteurs d’actions quitte à alimenter la spéculation et à aggraver la crise. De l’autre, du côté de ceux qui travaillent à la production d’eau potable et à son adduction, au traitement des déchets, ceux donc qui assurent le fonctionnement de la société, ces opérations financières ne peuvent qu’aggraver leur situation.

Au lendemain de l’annonce de l’accord, le directeur général de Suez affirmait dans une interview « des engagements à quatre ans qu’il n’y aura pas de pertes d’emplois ni de changement de statut ». Il n’y aurait qu’une garantie pour transformer sa prédiction en réalité : exproprier ces mastodontes qui perçoivent leur dîme sur la fourniture d’un bien aussi indispensable que l’eau à des millions d’hommes sur tous les continents.

Sophie GARGAN