“Money, money, money…”

07 Avril 2021

Money, money : c’est avec cette répétition sonnante et trébuchante que BioWorld, un site américain consacré à l’industrie biopharmaceutique, a titré une de ses récentes chroniques.

« Après une année où le secteur a été intensément animé autour des recherches liées à la pandémie, BioWorld indique qu’en 2021, l’industrie de la biopharmacie suscite un énorme intérêt auprès des investisseurs, sur fond de financements qui s’envolent. » Et de préciser que, « si l’année 2020 a battu tous les records en ce domaine, avec des levées de fonds atteignant un total de 134,4 milliards de dollars (plus que le plan de relance français annoncé cet automne !), cette année semble devoir surpasser ces chiffres ».

Pour le premier trimestre, aux États-Unis, les financements atteignent déjà 26 milliards de dollars dans ce secteur. Ils ont eu lieu au cours de 21 introductions de sociétés en Bourse. Moderna, avec son vaccin, y tenait la première place en 2020, mais n’est plus que seconde, Sana Biotechnology Inc. l’ayant supplanté, avec l’investissement le plus grand jamais réalisé. À cela s’ajoutent 97 émissions d’actions pour près de 10 milliards de dollars suite à des entrées en Bourse, 212 levées de fonds privés par des sociétés publiques et 132 opérations dites de capital-risque, en fait, pas si risquées que cela.

Derrière le jargon boursier, on discerne bien l’engouement de la finance pour tout ce qui tourne autour de la recherche scientifique liée notamment au Covid. La pandémie, en frappant toute l’humanité, a aussi ouvert un gigantesque marché, sinon à l’échelle de la planète, du moins à celle de ses populations solvables, et à la mesure de l’appétit de profits des capitalistes.

Et tandis que toute une partie de la population mondiale n’a toujours pas reçu de vaccins, car elle est trop pauvre pour y avoir droit, et que, même dans les pays dits riches, la majorité attend encore de pouvoir se faire vacciner, les investisseurs, eux, se battent à coups de milliards. Non pour produire plus de vaccins, et plus vite, mais pour que les fonds qu’ils ont misés sur la pandémie leur rapportent un maximum d’argent.

Pierre LAFFITTE