Épidémie et vaccins : l’ineptie des cocoricos

07 Avril 2021

Dimanche 4 avril Thierry Breton, le Monsieur Vaccin de l’Union européenne, visitait près de Dijon une usine CordenPharma qui fabrique un des composants du vaccin Moderna. Cela a été en France l’occasion d’un déluge de propos cocardiers culminant avec la promesse d’atteindre l’immunité collective dans l’ensemble de l’Union européenne le… 14 juillet !

CordenPharma est un façonnier, comme on appelle ces sous-traitants qui fabriquent des principes actifs, des excipients et des emballages pour l’industrie pharmaceutique. Le groupe est suisse mais possède donc une usine à Chenôve, en banlieue dijonnaise, ainsi qu’une autre dans le Colorado, aux États-Unis.

Depuis quelques années, CordenPharma produisait déjà, pour les recherches de l’américain Moderna, l’enveloppe de lipides qui permet d’emballer l’ARN messager, afin qu’il puisse être injecté dans l’organisme. Avec l’arrivée du nouveau coronavirus et la mise au point du vaccin, il a fallu passer à une vitesse bien supérieure en termes de production. L’usine de Chenôve produit donc aujourd’hui un précurseur, en quelque sorte un morceau, de l’excipient qui est envoyé dans la filiale américaine du Colorado qui, elle, fait le reste de l’excipient. Celui-ci est ensuite envoyé à Viège, en Suisse, dans l’usine qui produit l’ARN messager. Quant au conditionnement, c’est-à-dire la mise sous flacon, il est pour l’instant réalisé en Espagne, du moins pour les vaccins délivrés en Europe.

On est loin ici d’avoir listé toutes les étapes, tous les sites, tous les façonniers qui interviennent dans la production des centaines de composants constituant chaque vaccin. Mais cela montre la totale absurdité des cocoricos embouchés sur tous les tons.

On ne cesse d’entendre depuis quelque temps qu’on est en bonne voie de la localisation de la production, que « la France » va pouvoir produire les différents vaccins. On entend que celui de Pfizer sera produit par Delpharm sur le site de Saint-Rémy-sur-Avre, celui de Moderna par Recipharm à Monts en Indre-et-Loire, celui de Janssen à Marcy-l’Étoile, près de Lyon, sur un site de Sanofi et que, si le vaccin de CureVac obtient son autorisation, il sera produit près de Pau par Fareva. Mais ces contrats sont signés entre les laboratoires et les façonniers dans un cadre strictement financier, qui n’a rien à voir avec la planification qui serait nécessaire pour produire les vaccins indispensables, non seulement pour l’Europe mais pour toute la planète. Même un minimum de planification se révèle impossible dans l’économie de concurrence et sous le règne de la sacro-sainte liberté d’entreprendre.

Ce qui serait nécessaire est une organisation, une rationalisation à l’échelle de toute la planète, partant des connaissances, des découvertes, de l’évaluation des besoins, des savoir-faire en matière de production. Une telle planification n’est pas utopique. En revanche, ce qui l’est est de croire que l’organisation économique et sociale actuelle pourra répondre de façon rationnelle aux besoins des hommes, ne serait-ce qu’en matière de lutte contre les virus et les épidémies.

Sophie GARGAN