Prix agricoles : loi du plus fort et loi Egalim

31 Mars 2021

Les négociations entre agriculteurs, transformateurs et grande distribution se sont achevées le 1er mars, laissant beaucoup d’amertume chez les producteurs de lait, de viande et d’œufs en particulier.

Le gouvernement a chargé Serge Papin, un ex-dirigeant de System U, bien au fait de l’attitude de la grande distribution, de proposer des solutions.

Année après année, des agriculteurs contraints de vendre à perte une partie de leur production sombrent dans le désespoir. La loi Egalim, promulguée en octobre dernier, a fixé les règles de la négociation, officiellement pour sauver les filières agricoles et défendre la souveraineté alimentaire.

Le rapport transmis par Papin souligne que la prise en compte des coûts de production n’est pas toujours respectée dans la fixation des prix. C’est une façon bien élégante de dire que le prix est régi par la loi du plus fort. Il dénonce par exemple le fait que, si le prix du lait pour la consommation a été revalorisé, il n’en est pas de même du lait comme ingrédient, dont le prix est basé sur les cours allemands, plus bas.

De même, la réduction des promotions et le relèvement du seuil de revente à perte prévus par la loi Egalim ont rapporté 550 millions, mais une toute petite partie est arrivée dans la poche des producteurs, payée en fait par les consommateurs.

Pour faire croire qu’ils veulent agir au bénéfice des agriculteurs dans la guerre des prix, les services de l’État augmentent leur contrôle sur les pratiques de la grande distribution au moment des négociations. Ainsi, Intermarché vient d’être condamné à une amende de 150,75 millions d’euros. La centrale Agecore, à laquelle le groupe est adossé, facturait en effet des services aux fournisseurs, sous peine de les exclure de leurs magasins. Il est cependant douteux que ce genre de condamnation fasse changer les pratiques de ce groupe et des autres.

L’auteur du rapport conseille aux agriculteurs de devenir plus gros pour pouvoir peser. Ce qui revient à reconnaître que la seule loi qui compte, c’est celle du plus fort.

Inès Rabah