Carrefour : conditions de travail inacceptables

24 Mars 2021

Des journées de grève, des débrayages ont eu lieu dans plusieurs magasins Carrefour ces dernières semaines. Un nouvel appel vient d’être lancé par la CFDT pour le week-end de Pâques, pour protester contre les conditions de travail et de rémunération.

Les ventes de Carrefour se sont accrues de 7,8 % cette année. Comme pour les autres grands distributeurs, les affaires se sont poursuivies malgré la pandémie. L’augmentation des ventes dans les magasins de proximité et les drive compensent la baisse de celles en hypermarché.

Un nouveau plan de réduction des coûts, comportant une série d’attaques contre les salariés, est engagé par la direction pour répondre à la concurrence et à sa recherche de profit maximum. Cette course lancée dans toute la grande distribution se traduit à Carrefour par la poursuite des suppressions de postes, qui s’élèvent déjà à 12 000 depuis 2018. Le déploiement de caisses automatiques ouvre de nouvelles possibilités sur ce plan. Même à temps partiel, les caissières ou caissiers ont besoin de leur paye pour vivre et s’occuper de leurs enfants. Ce qui pourrait apparaître comme un progrès, une automatisation permettant d’éviter un métier difficile, entraîne la peur de perdre son emploi.

Parallèlement, la direction met en place une nouvelle organisation, dite TOP, après celle de son prédécesseur, dite EOS, qui prônait la polyvalence. Désormais c’est au contraire la spécialisation des salariés qui est recherchée. C’est une nouvelle méthode pour cacher que l’ « irritant », selon les termes du PDG de Carrefour, c’est-à-dire le mécontentement des clients devant des produits périmés en rayon ou d’autres problèmes, est lié au manque de personnel. TOP prévoit que certains s’occuperont uniquement de la mise en rayon, d’autres de la gestion des produits et les derniers de la réserve. La pénibilité des postes sera renforcée par le manque de personnel, qui obligera chacun à courir. À cela s’ajoute la modification des horaires, pour faire disparaître les heures de nuit payées plus cher.

La mise en location-gérance de quarante nouveaux supermarchés et hypermarchés en 2021, aura aussi des conséquences sur les contrats des salariés.

Les négociations salariales ont abouti à 0,5 % d’augmentation, autant dire rien.

En revanche, les actionnaires de Carrefour, dont la famille Moulin, propriétaire des Galeries Lafayette, entre autres et Bernard Arnaud, l’homme le plus riche de France et patron de LVMH, n’ont vraiment pas à se plaindre de cette année de pandémie. Les dividendes, de l’ordre de 180 millions d’euros, ont été assurés sur le dos des salariés.

À la télévision, les discours se succèdent pour saluer l’engagement des travailleurs du commerce. Dans la réalité, les patrons continuent leur offensive. Jusqu’à ce qu’une vague de grèves finisse par les arrêter.

Inès Rabah