Birmanie : dictateurs et exploiteurs

24 Mars 2021

Le 1er février, l’armée birmane prenait le pouvoir, balayant le semblant de décorum électoral mis en place depuis 2011. La diplomatie française, si prompte d’habitude à donner des leçons de démocratie, a attendu un mois avant d’émettre une timide protestation.

C’est seulement le 20 mars, alors que la répression des manifestations populaires en Birmanie a déjà fait des centaines de morts, alors que des milliers de combattants contre la dictature sont en prison et que des secteurs de la classe ouvrière commencent à se soulever, qu’EDF a suspendu provisoirement son projet de construction d’un barrage en Birmanie.

Le projet de barrage, comme tous les projets industriels de ce pays que l’état-major considère comme sa propriété personnelle, n’avait pu se conclure qu’avec la bénédiction des militaires. Il nécessite même leur participation active, car ce sont les soldats qui se chargent de faire évacuer les villages promis à la noyade. EDF ne pouvait l’ignorer. Il est vrai qu’il n’est ni le seul ni le premier groupe français à avoir bénéficié des faveurs des militaires.

Le groupe Total, par exemple, n’a toujours rien déclaré sur le coup d’État. Il est un des premiers investisseurs et a même été, en 2017, le premier contribuable étranger en Birmanie. C’était un prêté pour un rendu, puisque le régime militaire lui avait fourni de la main-d’œuvre quasi servile pour construire son gazoduc et exploiter en toute tranquillité le champ gazier birman.

Le groupe Accor, autre fleuron du capitalisme français, est également muet sur le massacre des manifestants, éventuellement assassinés jusque devant son hôtel de luxe de Rangoun. Il est vrai qu’il s’agit d’un investissement commun effectué avec un groupe financier lié à l’armée, et qu’un groupe hôtelier de taille mondiale se doit de ne pas cracher dans la soupe.

Depuis la pseudo-démocratisation de 2011 et sous l’égide du ministère des Affaires étrangères, les relations économiques entre la France et la Birmanie se sont renforcées. En 2012, la France exportait pour 19 millions d’euros vers la Birmanie et en importait pour 66 millions de marchandises. En 2019, ces chiffres étaient respectivement de 150 et 400 millions d’euros, dont 90 % en produits textiles fabriqués par les jeunes ouvrières birmanes. Les conditions de travail imposées par les patrons et les militaires dans les usines du pays ont donc fait le bonheur des Carrefour, Auchan, Leclerc et autres.

Les tardives protestations démocratiques des autorités françaises masquent mal leur souci de voir continuer les bonnes affaires de leurs capitalistes.

Paul GALOIS