Hausse du gaz : pas d’autre raison que le profit

17 Mars 2021

Depuis le 1er mars, le prix du gaz a augmenté de 5,7 %, après une série de sept hausses les mois précédents. Auparavant, il y avait eu tout de même pas mal de baisses.

Pourtant les gisements de gaz sont toujours là, ceux qui s’épuisent étant remplacés par de nouveaux. Pour le moment, ni la France ni le monde ne manquent de gaz naturel. Les hausses comme les baisses n’ont aucune raison technique.

En France, 70 % du gaz arrive par des gazoducs, d’abord de Norvège (environ 40 %) puis de Russie (20 %) et des Pays-Bas (10 %). En principe, les contrats négociés avec les sociétés de pays producteurs sont des contrats à long terme qui peuvent toutefois varier selon les cours du pétrole, qui augmentent en ce moment. De toute façon ils sont top-secret, à l’image de ce qui se pratique dans tous les secteurs, comme dans celui des vaccins, par exemple.

Les 30 % de gaz restant arrivent maintenant, depuis quelques années, sous forme de GNL –gaz naturel liquéfié à -161°– par d’énormes navires, les méthaniers. Ces navires, qui traversent mers et océans avec leurs cargaisons réfrigérées, nécessitent des usines de liquéfaction du gaz au départ, et d’autres de regazéification à l’arrivée. Usines et navires se multiplient dans le monde. Parmi les géants du GNL il y a Total, qui a des intérêts dans de nombreux gisements sur la planète.

Les méthaniers, contrairement aux gazoducs, peuvent se rendre n’importe où. Ainsi, un méthanier prévu pour rejoindre l’Europe depuis le Qatar ou la Sibérie du nord peut parfaitement être dérouté vers le Japon ou la Chine. La vague de froid exceptionnelle qui a frappé l’Asie au début de l’année sert d’ailleurs de justificatif à la hausse du prix en France. Si la Chine est prête à payer plus cher le gaz, le prix augmente ici ! C’est donc uniquement une affaire de loi de l’offre et de la demande, et donc de profits pour les trusts gaziers qui entraîne la hausse des prix pour les consommateurs.

Les prix pour le tarif réglementé (lequel va disparaître en juin 2023) sont en principe fixés par la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Toutefois celle-ci décide de lisser les hausses pour tenter de les rendre moins douloureuses, et quelquefois la CRE sait s’adapter à la conjoncture : en 2019, il n’y avait pas eu de hausse car on était au début du mouvement des gilets jaunes. Il valait mieux reporter à plus tard… Lissées ou pas, les hausses retombent toujours sur les consommateurs, et les trusts, Total au premier chef, encaissent les profits !

André VICTOR