Danone : comment révoquer un PDG

17 Mars 2021

Quinze jours après un premier « entretien préalable » devant son conseil d’administration qui lui avait retiré une partie de son pouvoir, Emmanuel Faber, PDG de Danone, vient d’être poussé dehors « avec effet immédiat ».

Geoffroy Roux-de-Bézieux, président du Medef, et la plupart des médias ont présenté Emmanuel Faber comme un « patron social » qui aurait fait de Danone, 100 000 salariés dans le monde, « une entreprise à mission », selon un nouveau statut des entreprises inventé par Macron. Il est sous-entendu qu’il s’agit d’une mission sociale et aux valeurs éthiques. Les travailleurs du groupe, dans les laiteries et autres usines de mise en bouteille de l’eau, dont les salaires sont bloqués et la charge de travail ne cesse d’augmenter, apprécieront. Tout comme les 2 000 travailleurs du groupe dont le poste a été supprimé par Faber. Les patrons de Danone ont toujours été très forts pour les slogans publicitaires !

Si Faber a été remercié, ce n’est certainement pas parce qu’il aurait été trop « social », mais parce qu’une partie des actionnaires lui reprochaient de ne pas avoir assez fait progresser les résultats de Danone pendant le Covid. Le groupe n’a fait « que » 14 % de profits en 2020 contre 15,2 % l’année précédente, alors que Nestlé, principal concurrent, faisait mieux. Des actionnaires minoritaires de Danone, regroupés dans plusieurs fonds d’investissement, ont voulu, et obtenu, la tête du PDG. La tête tombée, le cours de l’action Danone a aussitôt augmenté de 5 % à la Bourse.

Entre eux, les capitalistes ne se font pas de politesses. Ils se donnent les moyens de contrôler la politique des hauts cadres qu’ils mettent à la tête de leurs entreprises. Ils pratiquent la révocabilité des élus que les politiciens refusent aux électeurs : quand un PDG n’a pas tenu les promesses auxquelles il s’est engagé, il est immédiatement remplacé, sans attendre une nouvelle élection, quatre ou cinq ans plus tard. Les travailleurs devraient s’inspirer de ces méthodes efficaces pour les appliquer sans pitié à ceux qui dirigent les entreprises et qui font fonctionner l’appareil d’État et surtout aux actionnaires eux-mêmes.

Xavier LACHAU