Brésil : Lula à nouveau en piste

17 Mars 2021

Lundi 8 mars, un juge de la Cour suprême brésilienne a annulé les condamnations qui ont frappé Lula depuis 2017 et l’ont envoyé un an et demi en prison.

Celui qui a présidé le pays de 2003 à 2011 retrouve un casier judiciaire vierge, et donc ses droits politiques, ce qui devrait lui permettre d’être candidat contre Bolsonaro à l’élection présidentielle de 2022.

La raison formelle de la décision est que le tribunal de Curitiba, où officiait le juge Moro, était incompétent pour poursuivre et juger Lula, qui relevait de Brasilia. Six ans après, il était temps de s’en apercevoir. La partialité de Moro contre Lula, Dilma Rousseff et le Parti des travailleurs (PT) a sans doute aussi joué un rôle. Les relevés de conversations téléphoniques de Moro ont montré que, censé être impartial, il n’a cessé d’orienter les enquêteurs pour faire tomber Lula et ses camarades pour corruption, et pour laisser tranquilles les deux tiers des corrompus, ceux de droite. Moro, nommé ministre de la Justice en 2018, a depuis démissionné.

Mais la raison de fond de la décision est que depuis plusieurs mois, la Cour suprême est entrée en guerre contre Bolsonaro, pour sauvegarder ses prérogatives. Après avoir en 2018 empêché Lula, donné gagnant, de se présenter, après avoir donc fait élire Bolsonaro, la Cour remet aujourd’hui en jeu Lula pour abattre Bolsonaro. Lula est en principe toujours poursuivi et n’est pas innocenté. Mais, selon les sondages, il obtiendrait 50 % des votes, et l’actuel président 35 %.

Il n’y a là rien de surprenant. Avec ses provocations grossières, en particulier sa campagne permanente contre les masques, les mesures barrières et les vaccins, avec son mépris pour les malades du Covid (« Cessez de geindre ! » leur lance-t-il) c’est Bolsonaro qui par sa politique renforce Lula. Une bonne partie des groupes de droite qui avaient impulsé sur les réseaux sociaux la campagne anti-corruption et anti-Lula dénoncent maintenant Bolsonaro.

Lula possède aussi des atouts personnels : son passé de dirigeant des luttes ouvrières de la fin de la dictature (1964-1985), son charisme, sa combativité, et le souvenir que ses années de présidence ont laissé : elles ont été des années de prospérité économique pour les bourgeois, mais aussi de plein emploi, d’améliorations salariales et de programmes d’assistance pour les classes populaires. Mais la situation de 2021 n’est plus celle de 2001. La crise économique est passée par là, amenant des millions de chômeurs. La crise sanitaire s’y est ajoutée, avec ses 280 000 morts, l’écroulement du système de santé, d’autres millions de chômeurs, la misère et parfois la faim.

Même si le PT a beaucoup perdu de son influence et de ses militants, les travailleurs seront sans doute tentés de croire à nouveau en Lula, en voyant à nouveau en lui un sauveur. Ce serait oublier qu’il a par le passé gouverné avant tout pour les profits de la bourgeoisie, et en s’appuyant sur les partis du centre et de droite, ceux-là mêmes qui ont ensuite porté Bolsonaro au pouvoir. Oublier cela, ce serait se préparer à d’autres désillusions.

Vincent GELAS