Ségur de la santé : l’acte II aussi creux que l’acte I

10 Mars 2021

Accompagné de trois ministres, le Premier d’entre eux, Castex, avait sans doute besoin d’aide pour porter l’enveloppe présentée publiquement le 9 mars comme l’acte II du Ségur de la santé, à Cosne-Cours-sur-Loire, dans la Nièvre.

L’annonce de la reconstruction de l’hôpital local, trop vétuste, de la rénovation de l’Ehpad et de l’ouverture à terme d’une maison de santé pluridisciplinaire était sans doute une nouvelle attendue par la population des environs. Mais la mise en scène emphatique promettant une enveloppe de 19 milliards d’euros pour la santé tenait du spectacle de prestidigitation. En effet, sur cette somme, 13 milliards avaient déjà été promis par le précédent chef de gouvernement, Édouard Philippe, dès 2019 et en partie mis en œuvre après le Ségur de la santé de juillet dernier. Quant aux six autres milliards, il faut comprendre qu’il s’agit du « soutien supplémentaire en investissement » déjà annoncé par Castex en juillet, ligne budgétaire à laquelle l’Union européenne participerait par ses subsides.

Au-delà des chiffres exprimés en milliards et accumulant les précisions comptables, on peut comprendre qu’un tiers de la première somme serait consacré à la reprise de la dette hospitalière, une partie à poursuivre l’informatisation (deux milliards), une autre à moderniser les Ehpad (1,5 milliard), et le reste, neuf milliards, serait à la disposition des Agences régionales de santé pour construire de nouveaux hôpitaux ou en moderniser d’autres.

« Mon gouvernement n’est pas celui des belles paroles, il est celui de l’action, des solutions concrètes », a conclu Castex, après avoir reconnu que les remerciements adressés au personnel de santé investi depuis le début de la crise sanitaire ne suffisent pas. C’est une manière de reconnaître que, aussi bien en matière d’augmentations de salaires que d’embauches, on est loin du compte. Pour parler concrètement, depuis plus d’un an la pandémie fait rage, met à mal le système de santé et épuise les soignants, le personnel du ménage, les travailleurs des structures hospitalières ou des Ehpad, les auxiliaires de vie et nombre d’infirmières et médecins de ville ; mais les embauches indispensables, elles, sont toujours au point mort.

Des salles sont fermées faute de personnel, comme en chirurgie cardiaque à la Pitié-Salpêtrière à Paris, les heures supplémentaires s’accumulent, sans être payées comme à Avicenne à Bobigny, faute de personnel dans les services de paye, et l’hôpital est tellement « en tension » que, ça ou là, des malades risquent le report ou la déprogrammation d’une opération.

Alors quand Castex se proclame « dans le prolongement des héritiers de 1945 », c’est peut-être, involontairement, en référence au champ de ruines laissé par la guerre…

Viviane LAFONT