États-Unis : le procès d’un policier… et de la police

10 Mars 2021

Le procès de Derek Chauvin, le policier qui a tué George Floyd à Minneapolis le 25 mai dernier, s’ouvrait mardi 9 mars. Il doit commencer par la sélection du jury et durer plusieurs semaines. Les autres policiers, complices du meurtre, seront jugés ultérieurement.

Derek Chauvin a tué George Floyd en l’étouffant avec son genou pendant près de neuf minutes, en public, en plein jour, alors qu’il était filmé par des passants qui assistaient à la scène. Pourtant, le policier, par la voix de ses avocats, plaide l’accident : George Floyd serait mort de ses problèmes de santé et d’une « dose mortelle de fentanyl », un médicament antidouleur ! Et malgré le caractère patent du meurtre de sang-froid, nul ne sait quel sera le verdict. L’administration Biden et les autorités locales redoutent une explosion de colère, par exemple si un acquittement était prononcé. Tout le monde a à l’esprit la façon dont, en 1992, l’acquittement de quatre policiers ayant violemment battu Rodney King, un homme noir, avait déclenché à Los Angeles des émeutes qui firent plus de 50 morts. Et le meurtre de George Floyd a également déclenché une explosion de colère, avec des millions de manifestants dans tout le pays.

En même temps, il est très rare que des policiers soient condamnés pour de tels meurtres. Chaque année, un millier de personnes sont tuées par la police, des Noirs en proportion 2,5 fois supérieure à leur nombre dans la population. Ces dernières années, après des meurtres de sang-froid d’hommes noirs qui n’étaient ni armés ni menaçants, plusieurs policiers ont bénéficié de non-lieu. Le racisme est évident dans certains de ces meurtres. Les forces de police ont longtemps été un des piliers de la ségrégation raciale, et elles en restent souvent marquées. Au-delà de leurs préjugés raciaux, il y a leur rôle social : protéger un système économique injuste, dont le fonctionnement repose sur la violence. Et cet ordre social n’est pas en procès à Minneapolis.

Il est souhaitable que Derek Chauvin soit condamné, comme c’est l’exigence de millions de personnes, de Noirs en particulier, indignés par son racisme et celui de la police. Pour empêcher les violences policières et les meurtres comme celui de George Floyd, c’est toute la société qu’il faudra changer.

Michel BONDELET